Vous Êtes Ici
Accueil > Interviews > Interview Beatzmaking : Scalaprods

Interview Beatzmaking : Scalaprods

Beatzmaking est parti questionner le duo parisien Scalaprods qui nous en dit plus sur son travail et ses collaborations.

Interview Beatzmaking : Scalaprods

BeatzMaking : Tout d’abord merci de vous prêter au jeu de cet entretien. Pouvez-vous vous présenter pour les personnes qui n’auraient jamais eu vent de votre travail?

Scalaprods :  Eh bien, nous sommes Scalaprods : une équipe de deux producteurs (Paezy Da Mula et Jaay Muk) passionnés de Rap, de Rnb ainsi que de tout ce qui se rapporte à la musique urbaine.

C’est surtout vous que nous tenions à remercier. L’initiative de placer le curseur sur l’importance de la production musicale dans l’industrie du disque est assez rare en France pour que l’on se permette de saluer votre travail.

https://soundcloud.com/scalaprods/young-troy-talk-x-the-gym-prod-by-scalaprods

BM : Comment êtes-vous arrivés dans la production musicale et depuis combien de temps ?

SP : Nous sommes dans la production musicale depuis 2007. Pour ma part (Jaay), c’est en regardant le film « Hustle & Flow » que je me suis essayé à la production musicale. Au début, j’en faisais essentiellement pour m’amuser. Ce n’est qu’après ma rencontre avec Paezy, mon alter ego, que je me suis envisagé dans une perspective plus sérieuse en ce qui concerne la musique.

BM : Quelle est votre méthode de travail et le type de matériel que vous utilisez ?

SP : Pour faire simple, on a d’abord fait le tour de tous les MAO de Fruity Loops à Reason en passant par Cubase. On a cependant retrouvé ce qu’on recherchait en termes de sonorités sur Logic Pro.

BM : Comment se passe votre travail en binôme?

SP : La plupart du temps, chacun bosse de son côté (on partage tous les deux la valeur de la compétition, ce qui nous aide à nous transcender et à toujours donner le meilleur de nous-mêmes en toute circonstance). Nous nous envoyons respectivement nos sons par mail et chacun donne son avis sur ce qu’il faudrait rajouter ou enlever. Nous profitions enfin de chaque possibilité de nous retrouver afin de retravailler ensemble nos productions respectives.

BM : Comment décririez-vous votre processus de création ?

SP : A la base, nous sommes plus tournés vers la composition. Toutefois, depuis quelques temps, nous nous intéressons au sampling afin de compléter notre univers musical existant et de calibrer toujours plus notre éventail de productions musicales à destination des artistes.

Bien que le fait d’être passionné par le Rap et le R’N’B nous pousse naturellement à nous orienter vers ces deux courants musicaux, nous voyons la production musicale comme un art à part entière et adoptons par conséquent un style de musique assez éclectique. Nous marchons beaucoup au coup de cœur artistique. Si demain, un artiste pop/rock fait appel à nos services et que nous apprécions sa qualité artistique, nous travaillerons avec plaisir avec lui.

BM : Quel est votre point de vue sur la mauvaise image du style « trap » décrit par ses détracteurs comme un style facile à produire ?

SP : Selon nous, il n’est pas plus facile de produire de la « trap music » que les productions musicales à boucle du style « BMF » de Lex Luger (mode de la production musicale aux USA en 2010-11). Nous pensons que le débat s’oriente davantage sur le sujet de la légèreté des paroles de beaucoup d’artistes de « trap music ». En effet, on entend davantage critiquer la qualité des paroles d’un Gradur en France ou d’un Waka Flocka aux USA que la pertinence et la qualité des productions musicales sur lesquelles ils posent.

BM :  On a pu remarquer aussi une sorte de retour aux sonorités années 90, comment voyez-vous ce flashback ?

SP : Nous pensons qu’il s’agit davantage d’un esprit de mimétisme que d’un revival des sons ambiances années 90. Je pense que vous faîtes référence à l’avènement de producteurs du moment tels que DJ Mustard dont certaines productions font en effet penser à des productions des années 90. Nous pensons que c’est le succès fulgurant qu’il a connu qui pousse les autres producteurs à mimer son style et non une simple nostalgie des années 90.

BM : Comment voyez-vous la place des beatmakers en France en opposition aux USA ? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré?

SP : Que ce soit au niveau sociétal, économique ou artistique, les USA ont toujours été considérés comme l’avant-garde de ce qui allait s’imposer en France en terme de tendance. Sur la scène musicale américaine, les beatmakers sont très respectés et leur travail reconnu à sa juste valeur. Il est donc naturel que la scène musicale française tende de facto vers ce même schéma.

Ce qui pourrait donc être amélioré, ce serait en amont de souligner l’apport du producteur musical dans le projet d’un artiste. Et ce, dans toutes ses campagnes de promotion et opérations de communication et de marketing comme cela peut être le cas aux USA. Mais en restant optimistes, nous trouvons que des initiatives comme la vôtre tendent à améliorer la mise en valeur du travail des producteurs musicaux ainsi que leur visibilité.

BM : Vous avez d’ailleurs bossé à l’international, est-ce qu’il y a une grande différence dans la façon de collaborer avec les américains par rapport aux artistes français?

SP : Nous avons eu la chance de collaborer avec Mims lors d’un concours international de beatmaking qu’il avait organisé. Concours où nous avions fini parmi les deux finalistes et avec notre son de Mims sur Itunes, en prime. Nous avons également pu collaborer avec quelques artistes émergents comme Blitz McBain (signé chez JR Writer).

Il y a effectivement une certaine différence dans la façon de collaborer. L’artiste américain semble plus autonome et maîtrise son business dans toutes les étapes qui le constituent. Même le plus inconnu des rappeurs là-bas considèrera son rap comme du business sérieux et comme un gagne-pain. De ce fait, les artistes américains sont vraiment très réactifs et ont une idée très précise de ce qu’ils recherchent.

En France, nous avons eu la chance de rencontrer quelques artistes qui fonctionnent de la même manière. Il y en a cependant beaucoup qui, malheureusement, ne prennent pas leur travail ou le nôtre assez au sérieux : manque de réactivité, manque d’implication dans l’élaboration du projet, manque de vision artistique. Il y a des rappeurs pour qui nous avions réalisé des productions il y a 3 ans et dont on attend aujourd’hui encore le retour !

BM : Si vous deviez citer quelques influences, qu’elles soient américaines, françaises ou d’autres pays, lesquelles seraient-elles ?

SP : Du côté américain, nous sommes influencés par Dr Dre, Ryan Leslie et Juste Blaze. Du côté français, nous apprécions le travail de Bone Collector et de Jo A.

BM : Y’a t-il un producteur renommé dont vous ne comprenez pas l’engouement qu’il suscite?

SP : Bangladesh ! Après il est toujours difficile de juger lorsque l’on ne connaît véritablement la personne mais il ne nous semble pas assez méticuleux dans sa conception musicale. Il ne nous donne pas vraiment l’impression de prendre la production musicale au sérieux

BM : Quand vous bossez avec des artistes de divers horizons, est-ce plutôt vous qui vous adaptez à eux ou bien vous soumettez à leur choix des instrus déjà terminées ?

SP : Lorsque nous voulons collaborer avec un artiste ou lorsqu’il veut collaborer avec nous, nous demandons toujours à ce dernier de nous donner une ligne directrice, histoire de créer quelque chose qui ressemble à son univers musical. Il est important pour un artiste d’avoir un univers musical adapté à l’image qu’il renvoie ou souhaite renvoyer.

BM : Selon les personnes (et les sensibilités !) les termes diffèrent, personnelement, vous considérez-vous comme des beatmakers, des compositeurs ou des producteurs ?

SP : Nous nous considérons comme des producteurs parce que lorsque nous collaborons avec un artiste, nous ne nous cantonnons pas à un simple rôle de beatmakers, Nous donnons notre opinion et participons en amont et en aval du processus de réalisation du morceau.

BM : Pour finir, pouvez-vous nous dire un mot au sujet de votre actualité du moment et celle à venir ?

SP : 2015 risque d’être une année très chargée pour nous, De plus en plus d’artistes confirmés reconnaissent notre talent et sollicitent nos services. Nous aimerions développer un artiste Suisse, Sempé, à l’instar de ce que peut faire un Therapy pour Kaaris. Il a un certain vécu dans la musique malgré le fait qu’il ne soit pas connu et reconnu à sa juste valeur (il a fait des feats avec French Montana, Ace Hood, JR Writer). Nous aimons son univers musical et l’apprécions humainement. C’est ce qui nous donne envie d’approfondir notre rôle de producteurs dans les mois à venir.

https://soundcloud.com/scalaprods/sempe-big-poney-prod-by-scalaprods

BM : Merci beaucoup pour votre participation à cet interview, longue vie à Scalaprods et à très vite dans les colonnes de BeatzMaking.

N’hésitez pas à suivre l’actualité de Scalaprods sur Twitter, Soundcloud  et leur site internet scalaprods.com.

Laisser un commentaire

Top