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Interview BeatzMaking : Dela (Butter Bullets)

La moitié du groupe Butter Bullets a répondu au questionnaire de BeatzMaking.

Interview BeatzMaking : Dela (Butter Bullets)

BeatzMaking : Tout d’abord merci de te prêter au jeu de cet entretien. Peux-tu te présenter pour les personnes qui ne connaitraient pas ton groupe Butter Bullets ?

Dela : Et c’est avec un grand plaisir que je réponds à tes questions, tant les beatmakers sont peu sollicités pour des interviews !
Alors moi c’est Dela, du groupe Butter Bullets que j’ai formé avec mon binôme Sid il y a déjà maintenant 11 ans.
Lui rappe, et moi je m’occupe des prods. Dans Butter Bullets, on a toujours réussi à travailler en symbiose pour essayer de proposer à notre public quelque chose d’abouti. Il n’est pas rare que j’aide Sid au niveau du rap et c’est encore plus fréquent pour l’inverse (avant de rapper « à plein temps » il était déjà beatmaker).

BM : Depuis combien d’années es-tu dans la production musicale? Qu’est-ce qui t’a amené à faire des instrus ?

D : J’ai réellement commencé à faire des instrus en 2001, quand Sid m’a amené un sampler Akaï S20 volé dans une maison de quartier. Ne demandez pas comment il est arrivé chez moi, tout ce que je sais c’est qu’avant nous, il servait à faire des beats RnB dégueulasses : on était à la fin de la période Secteur Ä, et toutes les beurettes se prenaient pour Assia… Le revers de la médaille c’est que nous n’avions pas le mode d’emploi du S20 qui est on ne peut plus éloigné d’un fonctionnement intuitif. Mais plusieurs nuits blanches dessus nous ont permis de percer les mystères de la machine.
Avant ça, je cherchais par tous les moyens à faire des sons à grand coup de Hip Hop Ejay craqué sur le PC de mes parents. Avec ce programme et en se démerdant bien on arrivait déjà à sampler. Mais quelle galère au final ! J’ai commencé à vraiment écouter du rap en 1996, c’est Doc Gynéco qui m’y a amené avec « Première Consultation », et j’ai toujours su que je voulais faire plus que d’en écouter.

BM : Pour créer tes instrus, tu es plutôt machines ou softwares ?

D : Comme je viens de le dire, j’ai commencé sur PC mais je suis très vite passé sur sampler. Après le S20, on a investit dans une MPC 2000XL. Ça m’a changé la vie ! Je pouvais séquencer des sons (sur le S20 on les jouait live en les enregistrant sur Mini Disc!), et surtout les sauvegarder pour les travailler plus tard !
J’ai dû travailler 3 ans avec, jusqu’en 2005, ma période d’étudiant en fac, puis j’ai eu une révélation en allant chez un ami qui avait un père geek de la musique et un home studio chez lui. Je suis reparti avec tous les programmes craqués (essentiellement Reason à cette époque puis couplé à Ableton Live plus tard) et depuis je n’utilise plus de machines à part un clavier maître pour mon PC. D’ailleurs cette MPC est dans les mains d’une ex de Sid qui n’a jamais voulu la rendre (rires) !

BM : Quand tu te lances dans une prod, tu pars généralement de sample ou tu fais de la composition à 100% ?

D : Les deux ! J’adore travailler avec des samples, c’est ce que je fais depuis le début. Mais dès que je suis passé sur MAO j’ai découvert le plaisir du synthé. Moduler ton son jusqu’à ce qu’il te plaise. Jouer une mélodie comme bon te semble ! Du coup maintenant je dirais que je fais toujours plus de sampling mais, de temps en temps, je me force à faire de la compo à 100%, si je veux vendre et diffuser mes instrus sans avoir de soucis avec la justice, c’est ce qu’il y a de plus simple.

BM : Les différents auditeurs s’accordent à dire que ton univers est assez sombre, toi comment qualifierais-tu ton style de musique ?

D : Je ne peux pas les contredire sur ce point ! Les mélodies joyeuses ça m’a toujours emmerdé. Le seul truc que j’ai aimé dans le genre c’était « Purple Stuff » de Project Pat et Big Moe. Sinon il me faut une ambiance glauque et sombre. Je ne peux pas te dire pourquoi mais c’est comme ça. Sans doute que si j’avais été écrivain, je n’aurais pas publié de livres pour enfant.
J’aime quand un son est sombre et puissant, mais j’aime aussi quand il peut être beau et cristallin en quelque sorte. Mais dans ce dernier cas, je le tournerai de façon mélancolique ou nostalgique. C’est vrai que maintenant c’est rare que je sorte un son joyeux ou carnavalesque ! Donc pour répondre à ta question je pourrais qualifier mon son par ces deux mots : torture mélancolique.

BM : Si on compare ton travail pour les deux derniers albums de Butter Bullets, parlerais-tu de continuité, d’évolution ou de révolution ?

D : Entre Péplum et Memento Mori s’est écoulé deux années complètes, donc forcément mon travail a évolué entre temps. Ce que j’espère c’est qu’il a évolué dans le bon sens ! Mais on a essayé de garder une continuité entre les deux albums, une même couleur. Ça se ressent aussi dans le choix des beatmakers qu’on a invité sur le projet et qui se retrouvent beaucoup sur les deux disques.

BM : Quel est ton point de vue sur le style « trap » qui a envahi la planète mais qui souffre d’une mauvaise presse en France, qualifiée de musique trop simple à produire ?

D : Mon point de vue c’est qu’à part le classique, le jazz et et le rock progressif, je ne trouve pas qu’un style de musique soit plus dur à produire qu’un autre. Ce qui est dur c’est de varier les styles. Ne faire que des beats 90bpm comme il y a 20 ans, ou ne faire que de la trap, que du rap dubstep, que de la crunk ou que de la westcoast c’est facile. Une fois que tu as pris le truc, que tu as les bons éléments pour composer, après c’est presque l’usine. Varier les styles, ça t’ouvre des portes et te permet de composer différemment. Des techniques employées en house (comme le white noise en sidechain sur un compresseur pour avoir cet effet de vague) sont facilement transposables dans un morceau trap et sonnent super bien. J’ai déjà fait des beats rap avec Qoso en essayant d’avoir la même démarche que lui sur ses tracks techno minimal, il en ressort des beats complètement différents de tout ce qu’on a entendu (mais aussi que l’oreille de l’auditeur de rap n’est pas encore formatée à écouter).

BM : On peut remarquer aussi ce revival des sons des années 90, selon toi c’est de la pure nostalgie ou un manque d’inspiration ?

D : C’est ni de la nostalgie, ni un manque d’inspiration, c’est de la merde. Si c’était de la nostalgie il suffirait d’écouter ce qui est sorti à cette époque (et qui reste toujours 100 fois meilleur que toutes ces imitations qu’on nous sert réchauffées). Si c’est un manque d’inspiration alors il faut qu’ils lâchent le stylo et les machines. Le jour ou je ne sais plus quoi faire comme musique et que je me dis « tiens si je plagiais Kraftwerk pour me faire une place au soleil » c’est signe qu’il faut prendre sa retraite. Ce qui me déroute le plus dans cet effet de mode c’est la crédulité de ce public (qui soit dit en passant n’a jamais entendu les morceaux d’époque). Est-ce qu’il existe dans le rock un mouvement revival de rockabilly ?

BM : Ah tu tiens une piste à explorer de près ! Les producteurs américains sont mis en avant avec les artistes pour lesquels ils produisent, comment vois-tu la place des beatmakers en France ? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

D : C’est une mentalité différente c’est vrai. En France, on a toujours caché les producteurs. A croire que les rappeurs avaient peur de se les faire voler. Je ne me rappelle pas avoir lu quelque part en évidence sur la pochette de l’album NTM de 98 le nom d’un seul beatmaker.
Mais c’est en train de changer en France, j’ai de plus en plus de requêtes d’auditeurs qui veulent une version instru de nos albums.
Tout le monde connait Thérapy Music maintenant. Ça a commencé avec Kore et Skalp, Animal Sons etc. Ce qu’on pourrait améliorer ?? Déjà faire comme le poto Alkpote sur sa prochaine « Orgasmixtape », détailler pour chaque track d’où vient la production. C’est vraiment sympa et honnête de sa part, je lui tire mon chapeau. Après pour valoriser un peu le travail des producteurs en France, il faudrait en parler quand on parle des rappeurs, tout simplement. Une catégorie beatmaking aux prochaines Victoires de la Musique ?
Un site comme le vôtre manquait aussi dans le paysage internet du rap français.

BM : Peux-tu nous citer tes influences majeures ?

D : C’est toujours une question à laquelle j’ai du mal à répondre. J’écoute beaucoup de choses différentes :
De la techno, de la house, du rap et même de la chanson française, mais toujours un amour caché pour le rap français, même si il me déçoit souvent, on trouve encore de super choses. En ce moment je me bute au PNL même s’ils n’ont sorti qu’un album 10 titres, il y a un délire génial dans ce qu’ils font. Sinon j’ai beaucoup apprécié le travail d’araabMUZIK, de Bangladesh ou encore des gars de 808 Mafia.

BM : Y’a t-il un producteur renommé dont tu n’apprécies pas trop le travail ?

D : Kanye West : il n’aurait jamais dû se mettre à rapper.

BM : Quand tu bosses avec des artistes, que ce soient Sidi Sid, Alkpote ou d’autres, est-ce plutôt toi qui t’adaptes à leur délire ou bien tu leur proposes des prods déjà faites ?

D : Quand je bosse pour la première fois avec quelqu’un c’est forcément moi qui vais amener mes instrus et les rappeurs qui vont choisir et forcément s’adapter à mon track. Après avec Sid et Alkpote c’est pas la même chose puisqu’on commence à bien se connaitre, certaines fois c’est eux qui m’envoient un acapella en me disant « tiens on a posé sur une vieille prod, regarde ce que tu peux faire à la place ».
Avec Sid seul c’est encore différent puisqu’il vient souvent en week-end chez moi. Pendant ces moments, il est fréquent qu’on parte d’une idée, puis qu’on réalise le morceau à deux. On commence par la prod puis quand je commence à séquencer et mixer les boucles, il écrit et pose dans la foulée. Ça permet de créer des morceaux souvent bien débiles !

BM : Te considères-tu comme un beatmaker, un compositeur ou un producteur ?

D : Ça dépend ! Pour moi un beatmaker c’est vraiment juste le travail de création du beat. Quand je vends un beat à un inconnu je suis beatmaker. Après quand j’ai accès, comme avec Sid, Radmo ou Alk, à l’acapella et que je travail le morceau dans son ensemble, je me considère comme un producteur. Compositeur c’est un peu pompeux mais ça doit bien passer sur une carte de visite !

BM : Pour finir, peux-tu nous parler de ton actualité? des collaborations effectives et/ou à venir prochainement?

D : Pour l’instant on est encore dans la promo de Memento Mori, on va faire quelques lives (regardez sur notre fb pour les infos). On a déjà pas mal de track de côté donc pourquoi pas sortir un EP Butter Bullets avant l’été. J’ai aussi produit entièrement l’album de Radmo « Doloris Victoria », disponible sur iTunes et toutes les plateformes de téléchargement légal à un prix cadeau. On a aussi produit pas mal de tracks de la prochaine tape d’Alkpote, « l’Orgasmixtape volume 2 ». D’ailleurs un projet commun « Ténébreuse Musique » est en train de se faire avec lui. Et j’ai toujours en tête une tape perso, de beats et quelques morceaux rappés, mais ça fait maintenant 4 ans que j’en parle… Enfin bref, 2015 est à nous !

BM : C’est tout le mal qu’on peut vous souhaiter. Merci pour tes réponses et à très bientôt dans les colonnes de BeatzMaking.

N’hésitez pas à suivre l’actualité de Dela sur Twitter et le site officiel de son groupe butterbullets.com

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