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Interview BeatzMaking : Mr. Punisher

Interview Mr Punisher

Compositeur pour Gradur, Dosseh ou encore Mac Tyer, Mr. Punisher répond aux questions de BeatzMaking.

BeatzMaking : Tout d’abord merci de te prêter au jeu de cet entretien. Peux-tu te présenter pour les personnes qui n’auraient jamais eu vent de ton travail?
Mr. Punisher : Moi c’est Mr. Punisher, compositeur âgé de 24 ans qui vit en région parisienne. J’ai produit pour Gradur, Lacrim, La Fouine, Tory Lanez, Mac Tyer, Dosseh, Dej Loaf, Niro, Ca$his , Boaz, Astro, Casino Atl , Joke, S. Pri Noir et plein d’autres…

https://soundcloud.com/mrpunisher-producer/cahis-feat-young-buck-project-pat-work-prod-mrpunisher-rikanatti-izii-tiime

BM : Depuis combien d’années es-tu dans la production musicale? Qu’est-ce qui t’a amené à faire des instrus?
MrP : Ça va faire 3 ans aujourd’hui. J’ai commencé en regardant mon oncle qu’on surnommait 6Clas. Il composait pour mon autre oncle ND911, son petit frère, et moi. On rappait à l’époque, c’était en 2006, lors de mon séjour dans le Nord. J’ai vécu 6 ans là-bas, notre groupe s’appelait Viva6T et en fait, j’assistais aux sessions de beatmaking de mon oncle. Je le regardais, parfois je lui apportais mes idées et quand il avait le dos tourné, j’essayais mais c’était vraiment nul (rires)! Ses potes et lui se foutaient de moi, donc je faisais ça pour délirer mais sans vraiment me pencher dessus. En tout cas, c’est à Dunkerque que j’ai vraiment approfondi mes connaissances au niveau de la culture hip-hop.

BM : Peux-tu nous parler de ta méthode de travail? Es-tu plutôt adepte de MAO, plutôt machines ou tu dirais que tu fais un mix des deux?
MrP : Je suis plutôt MAO, je travaille sur Fruity Loops 11 et je suis très bien sur ce logiciel. Tous les grand compositeurs qui cartonnent aux États-Unis bossent sur ce logiciel. Quand je vois des T-Minus , Boi1da ou bien Mike Will sur ce logiciel, je suis vraiment content et fier, ça me motive.

BM : Comment se passe ton processus de création? Est-ce tu pars généralement de sample ou tu fais de la composition à 100%?
MrP : Je commence toujours par composer la mélodie et après je frappe un beat et c’est parti. Je compose très vite, en 10-15 minutes je peux finir une prod mais je passe des heures sur le mix et les petits détails. Je suis très perfectionniste, même si je suis paresseux parfois sur des prods, je me prends la tête pour qu’il y ait une bonne base et que ça sonne bien brut. Personnellement, c’est de la compo à 100%, j’évite les samples. J’aime bien me lancer des défis en essayant de créer mes propres mélodies, que ce soit au piano ou autre.

BM : Et comment qualifierais-tu ton style de musique?
MrP : Ma spécialité c’est la « trap » mais je suis très ouvert. Je peux travailler sur d’autres styles comme tout ce qui touche au style « Drake, Toronto R&B ». J’aime beaucoup jouer de belles mélodies entraînantes et je n’aime pas me mettre des barrière. Je me dis que je dois être capable de travailler avec n’importe quel artiste, qu’il fasse de la pop, de l’urbain… Peu importe, tant que je peux en même temps apporter ma touche, c’est super.

BM : Justement tu parles de « trap », il y a de grands débats à ce sujet, on entend dire que tout est pareil, que c’est facile à produire. Quel est ton point de vue?
MrP : C’est vrai que la « trap » est facile à produire de nos jours. Tout est plus simple aujourd’hui, tu veux te mettre à la compo, t’as accès à des tutos sur Youtube. Après quand t’entends la « trap » que je fais, je veux, justement, ne pas faire celle à 3 notes basiques, ou celle qui se rapproche de Therapy. Je cherche à créer mon propre style, à innover, à me distinguer par rapport aux autres.

BM : Que penses-tu de ce retour aux années 90, nostalgie ou manque d’inspiration des producteurs?
MrP : Je pense que c’est de la nostalgie, après il en faut pour tous. Le rap c’est vaste, y’a le « style new-yorkais », la « trap », etc… donc je pense pas que c’est une histoire d’inspiration. Chaque compositeur ou artiste a sa vision et c’est bien comme ça.

BM : Tu fais partie de ceux qui balancent des mixtapes avec les différents sons qu’ils ont produit mais aussi des bonus, est-ce important de sortir des projets en ton nom propre?
MrP : Bien sûr! Pour moi c’est important. Vous savez, je m’inspire beaucoup de la culture américaine, là-bas, les compositeurs sont mis en avant, ou se mettent en avant eux-mêmes à travers des beat-tapes , vidéos, etc… Ils essayent de se vendre comme une marque. Chez eux quand un producteur cartonne, tous les artistes font appel à lui, il devient incontournable comme les dernières Jojo ou Iphone! C’est le producteur tendance du moment qu’il faut contacter sinon t’es pas à la page. Les artistes ont besoin de ça pour se renouveler.

GotInstrumentals

BM : Et justement, comment vois-tu la place des beatmakers en France?
MrP : En France, les artistes sont ingrats! En privé, ils te disent que t’es le meilleur mais devant les caméras, ils oublient de citer ton nom! Parfois, ils oublient même de te créditer! T’es un peu obligé de faire ta pub par tes propres moyens!
Des grands sites comme Booska P ou autres n’ont pas eu cette idée que vous avez eu et c’est dommage! Ils oublient qu’on contribue au succès des artistes. Ils devraient interviewer des beatmakers pour que les auditeurs français commencent à se renseigner, regarder les noms sur les livrets d’album… Je suis optimiste, on peut changer tout ça.

BM : Selon toi, qu’est-ce qui pourrait être amélioré et comment?
MrP : Je commence à voir quand-même, que ça s’améliore, un petit peu! Quelques artistes créditent les compositeurs sur leurs visuels et quelques petits médias rap nous mentionnent. Des fois ils parlent de nous ou font des interviews, mais je trouve que c’est toujours pas assez!
Il faudrait aussi que les artistes puissent nous donner une vraie visibilité. Ça veut dire : pourquoi ne pas les accompagner sur des plateaux télé, les clips ou même partir en tournée avec eux! Ce serait bien que les médias spécialisés rap s’intéressent à nous et pas qu’aux rappeurs.
Les maisons de disque devraient aussi nous faire confiance, qu’elles n’aient pas peur de venir vers nous, de nous proposer de vraies options de développement afin évoluer. Pourquoi ne pas essayer de travailler sur des placements autres qu’urbains! Au final, qu’on soit traité comme des artistes à part entière et non comme des beatmakers qui envoient des prods par e-mail!
C’est vraiment frustrant ça! Tu envoies ton son, le rappeur en fait ce qu’il en veut et tu le regardes même parfois « s’enrichir » en faisant des concerts! Moi je suis pas un fan, j’apprécie quelques artistes, mais je veux pouvoir grandir à mon tour! Être un business man! Tout ne doit pas tourner que dans un seul sens.

BM : Et quand tu bosses avec des artistes, que ce soient Dosseh, Gradur, Mac Tyer ou S.Pri Noir, est-ce plutôt toi qui t’adaptes à eux ou bien tu amènes des prods déjà faites et eux choisissent dans le panel?
MrP : Avec certains artistes, j’envoie des instrus par mail, et comme je disais, c’est naze! Mais des fois, j’ai pas le choix. Évidemment, je préfère travailler avec des mecs en studio avec qui j’aurais un bon rapport ,même au niveau humain, pour créer une vraie alchimie. Quand ça se passe par mail, je me sens pas respecté . Pour Mac Tyer, j’ai toujours proposé mes prods en me rendant dans son studio. Avec S. Pri Noir, on a déjà fait une nuit blanche à bosser des sons dans le studio de son label et Gradur j’ai déjà fait des arrangements en studio avec lui.. Quand-même, la plupart des gars avec qui j’ai bossé, je les ai rencontrés, c’est déjà ça!

BM : Peux-tu nous citer quelques influences qu’elles soient américaines, françaises ou d’autres pays?
MrP : Mes influences sont principalement canadiennes. Des producteurs comme T-Minus , Boi1Da , Daniel Worthy , Wonda Gurl , Eestbound … me poussent à m’améliorer. Pour ce qui est des USA, je suis plus TM88 de 808 Mafia, Rico Love , Mike Will , Ducko Mc Fli et Metro Boomin.

BM : Y’a t-il un producteur renommé qui personnellement ne t’a jamais fait vibrer, ou dont tu ne comprends pas l’engouement qu’il suscite?
MrP : Le producteur que je comprends pas c’est DJ Mustard ! C’est tellement simple et je trouve même qu’il porte atteinte à notre culture avec ses prods minimalistes. Les plus jeunes vont s’en inspirer, comme avec la « trap » et ça va devenir n’importe quoi à la longue. Après je m’inquiète pas trop pour ça, Mac Tyer m’a dit un jour : « La vraie musique ne meurt jamais » et c’est strictement vrai!
En France, y’a un bon niveau mais les meilleurs ne sont pas ceux dont on entend parler ou qu’on cite tout le temps! Peut-être qu’ils prennent beaucoup d’argent mais pour moi, c’est pas des passionnés.

BM : Te considères-tu comme un beatmaker, un compositeur ou un producteur ?
MrP : Je me considère comme un compositeur. Je n »aime pas qu’on me voit comme un simple beatmaker. C’est de l’art que je fais. Je fais preuve de créativité. Et malgré que des artistes ici ne nous fassent pas confiance, personnellement, je peux apporter une vraie vision. J’ai l’oreille du compositeur mais aussi celle de l’auditeur et même de l’ingé! Pour moi, la finalité c’est de pouvoir réaliser des projets donc je me vois pas comme un simple beatmaker.

BM : Pour finir, peux-tu nous parler de ton actualité? des collaborations effectives et/ou à venir prochainement?
MrP : Dernièrement j’ai bossé sur l’album de Shay, la rappeuse que Booba a signé sur son label. J’ai travaillé avec Tito Prince et avec NJ, d’ailleurs on a bossé sur un gros single dont je suis vraiment fier. Sinon récemment, je me suis concentré sur la production. Là je gère un artiste qui s’appelle Nayron avec qui je prépare un EP qui verra le jour très prochainement. Maintenant je compte vraiment me renfermer, en gros, avoir une prod du Punisher sera vraiment rare! (rires)


Je veux vraiment bien choisir les personnes avec qui je taffe et pas seulement placer pour placer! J’ai dépassé ce stade. Musicalement, Je veux pouvoir apporter quelque chose à un artiste et réciproquement qu’il m’apporte autre chose à son tour. Vous savez, j’ai toujours eu une sorte de flair. Comme pour Gradur, j’ai commencé a lui envoyer des sons avant même qu’il ne signe. J’aime découvrir, rechercher de nouveaux talents. C’est mon nouveau challenge, faire connaitre des artistes inconnus et leur donner les moyens nécessaires.

Sinon pour finir je tiens à remercier toutes les personnes qui me supportent, qui m’envoient des messages de soutien sur Twitter, Facebook ou Instagram . Et je tiens surtout à remercier les personnes qui m’entourent : Lixi, Faly, Nayron, Dodji, Alyassa, Pierre Michalski, Monnegro Anass et BigHaze.

MB : Merci beaucoup pour le temps que tu nous as consacré et nous invitons les lecteurs à te suivre sur les différents réseaux sociaux ainsi que ton site personnel.

MrP : Je vous en prie, ça a été un plaisir de répondre à toutes vos questions. Longue vie à votre site et bon courage, vous avez tout mon soutien.

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