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Interview BeatzMaking : Lionel Soulchildren

À l’occasion de la sortie de son premier album solo Internal Explosives, Lionel des Soulchildren nous a accordé une interview pour revenir sur sa carrière et discuter de tout ce qui touche à son univers.

Interview BeatzMaking : Lionel Soulchildren
BeatzMaking : merci de te prêter au jeu de cet entretien. Peux-tu te présenter pour les personnes qui ne connaitraient pas ton duo Soulchildren ?

Lionel Soulchildren : Lionel Soulchildren. Membre du duo de producteurs Soulchildren et du groupe Pejmaxx & Soulchildren. Je compose depuis plus de 10 ans dans le milieu du rap français principalement, mais aussi pour de la musique à l’image en télévision. J’ai produit de nombreux titres pour Pejmaxx, Youssoupha, Akhenaton, Diam´s, Sexion d’Assaut, Sefyu, Flynt, Keny Arkana, Scred Connexion, Mokless, Scylla, Salif, Redk, Kayna Samet et d’autres…

BM : Depuis combien d’années es-tu dans la production musicale et qu’est-ce qui t’y a amené ?

LS : Je compose depuis 15 ans. Nos premiers morceaux sont sortis il y a 10 ans environ. J’ai mis un pied dans le rap vers 1995 pour ne plus jamais le lâcher. J’ai commencé par acheter des vinyles, scratcher, mixer et très vite, j’ai voulu composer/produire. A l’époque ce qui m’a fait passer le pas c’est de découvrir que tous les morceaux de rap Us que j’aimais étaient produit par la même personne. Dj Premier. Je suis rentré dans l’univers des producteurs en me promettant d’en devenir un et d’être reconnu pour la qualité de mes productions.

BM : Pour produire, tu utilises plutôt des machines ou bien des logiciels ?

LS : Depuis le début où je faisais des montages audio sur Windows 3.1 avec mon pote Xpert (Laurent Lamy), je ne travaille que sur PC. Avec des claviers/expandeurs mais je suis très PC. Je trie et découpe mes samples sur Soundforge. Je séquence, enregistre et mixe dans Cubase.

BM : Comment décrirais-tu ton processus de création ? Et comment définirais-tu ton style de musique ?

LS : Je n’ai pas de méthode. En commençant je ne sais souvent pas où je vais. Je peux commencer par la batterie, ou une compo, ou un sample. Parfois je démarre avec l’un et le supprime ensuite… Mon processus créatif n’a pas de canevas pré établi.
Je vois le sample comme un matériau brut à travailler. Les samples sont les éclats de verre ou de poterie dont je fais une mosaïque.

Mon style … C’est la rencontre de beats hyper produits et d’ambiances texturées souvent à base de voix. J’ai une passion pour les voix de toute nature. J’ai besoin qu’un beat soit parfait. Du son de chaque élément (caisse claire en premier) au swing et aux placements.

BM : Au sein de Soulchildren, comment se passait le travail en duo ? Est-ce que chacun bossait de son coté et ensuite vous vous réunissiez ou bien vous êtiez toujours à deux sur chaque prod ?

LS : Depuis toujours je produits seul la majeur partie du temps. Quand on travaillait ensemble c’était souvent pour rebosser quelque chose que j’avais composé de mon côté. Le duo apportait une forme de vision d’ensemble, d’esprit de critique constructive. C’était contraignant mais très enrichissant.

BM : Quand tu collabores avec des artistes, est-ce plutôt toi qui t’adaptes à eux ou bien tu amènes des prods déjà terminées et structurées et eux choisissent dans le panel ?

LS : Les deux existent. Ça dépend de ma proximité avec eux. Pour Pejmaxx, après 45 titres ensemble, on commence à se connaitre. Je sais ce qui le touchera. Je travaille sur mesure. Parfois, comme je l’ai fait avec Gims, j’aide l’artiste à mettre sur pieds une idée qu’il avait déjà. Pour d’autres, on crée ensemble comme en ce moment avec Scylla et Sofiane Pamart son pianiste.
Souvent je propose une large palette de prods dans lesquelles piocher. Je tiens à produire les morceaux jusqu’au bout. Ne pas abandonner une prod comme ça. Je suis responsable du morceau, de sa réalisation, de son mix etc… En ce sens le terme Beatmaker ne me satisfait qu’à moitié. Je préfère dire compositeur/producteur/réalisateur.

BM : Ton projet solo « Internal Explosives » est disponible depuis le 6 avril. Y’a t-il un grand changement dans la manière de travailler la production en solo ?

LS : C’est dans la continuité logique de ce que je faisais avant. Là, je choisis seul les morceaux. Je suis donc plus libre de montrer ce que j’ai envie de montrer. De développer un univers plus personnel. Ce projet étant très instrumental, j’ai fourni un travail d’arrangement plus poussé que sur les titres pour les rappeurs qui n’en sont pas très friands. J’ai pu inviter des musiciens, des chanteurs…
Je me suis aussi dirigé vers des atmosphères plus variées, plus affirmées. Ce n’est pas une beat tape. C’est un projet artistique pensé, conçu et cohérent, je l’espère.

BM : Peux-tu nous expliquer la genèse de ce projet, qu’est-ce qui t’a amené à enclencher la machine à faire ton propre disque ?

LS : Après 1 an de travaux, j’ai pu refaire de la musique. Forcement seul car au milieu de la poussière et des sacs de gravats. J’ai accumulé quelques titres. Pejmaxx m’a convaincu d’en faire un vrai projet.
Il m’a pris rendez-vous avec Julien chez Musicast. Celui ci a été emballé par son écoute et m’a proposé de le sortir en vinyle et digital.

BM : As-tu prévu de tourner avec ce projet à la manière de certains beatmakers américains principalement qui viennent défendre leur galette sur scène ?

LS : J’aimerai. Mais pour le moment je ne suis pas convaincu par l’idée d’un mec sur scène avec des machines. Avec un groupe oui. Mais ce n’est pas d’actualité. Je suis ouvert à toute proposition !. (Rires)

BM : Sachant qu’aux USA, les producteurs ont une place de choix, comment vois-tu la place des beatmakers en France? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

LS : La réponse est dans ta question. Arrêter de se voir en beatmaker (faiseurs d’instru) alors que les américains se disent producteurs.
Il y a une démarche à développer. De la qualité à apporter. Il faut des styles bien marqués. Des identités fortes.
Nous avons depuis le début imposé avec Pejmaxx notre nom sur la pochette et le 2ème cd avec toutes les versions instrumentales. Nous avons aussi développé l’idée (désormais répandue) que le nom du producteurs peut être signe de qualité et doit donc être écrit derrière le titre. Présenté comme une marque.
Quand je vois certains beatmakers ici qui vendent leurs prods quelques euros sur le net sans se soucier du titre qui va en sortir, ça me laisse perplexe…
C’est à nous de nous imposer, avec de l’originalité d’abord et de la qualité toujours.

BM : Penses-tu que les projets instrumentaux peuvent trouver leur place dans un milieu où ce sont les chanteurs / rappeurs qui trustent le haut de l’affiche ?

LS : Je ne me fais pas d’illusion sur le destin d’un disque comme le mien dans le microcosme du rap français. Par contre, je suis persuadé qu’après d’un public plus large, il peut exister et mener une très belle vie. De tas de gens se foutent de savoir si un disque est étiqueté instrumental, électro ou folklorique. « Internal Explosives » est un disque de qualité avant d’être un projet instrumental. Des dizaines de tubes mondiaux sont instrumentaux. Je pense sincèrement que c’est une histoire de qualité avant tout!

BM : Peux-tu nous citer quelques unes de tes influences musicales majeures ?

LS : A mes débuts ça a été Dj Premier. Un amour de jeunesse. Puis dans le désordre et pour différentes raisons: Dr Dre, Timbaland, Rodney Jerkins, Nottz, Dj Khalil, Hi-Tek, Just Blaze, Rockwilder.
En France, c’était Dj Logilo en premier lieu. Puis Akhenaton/ Imhotep, Dj Mehdi, Madizm et Secundo, …
Musicalement mes sources d’influences sont beaucoup plus larges. J’adore les voix. L’opéra, les polyphonies traditionnelles, les musiques du monde, le rock progressif, le jazz…
Mes lectures m’inspirent aussi beaucoup. On retrouve ce pont sur le Ep.

BM : Y’a t-il un producteur renommé dont la musique ne te touche pas ?

LS : On se construit des goûts et une identité musicale dans un jeu d’attraction-répulsion. J’ai longtemps été assez hermétique au son de Swizz Beatz, époque Ruff Ryders. Je trouvais sa musique crue, manquant d’âme et ses batteries vulgaires. Je ne renie pas son importance et la force de certains titres. J’ai malgré tout apprécié certaines de ses prods pour Jay Z.

BM : Pour finir, peux-tu nous parler de tes futurs projets?

LS : Le premier projet c’est un Ep complet avec Eli Mc après son premier album. Je suis très touché par son rap et très admiratif de la rigueur artistique.

Je travaille également activement sur Bleu Noir, l’album de Georgio.

J’ai aussi en cours, un projet avec Scylla et Sofiane Pamart son pianiste. C’est un des projets les plus épanouissants qu’il m’ait été donné de produire. Nous avons une dizaine de titres en cours.
Le 3ème album de Pejmaxx est également en cours de production, d’écriture et d’enregistrement.

BM : Merci beaucoup pour ta participation à cet entretien et à très vite dans les colonnes de BeatzMaking.

N’hésitez pas à suivre Lionel sur Twitter, Facebook, Soundcloud ainsi que via le site officiel de son projet internalexplosives.com .

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