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Interview BeatzMaking : Nodey

Véritable touche-à-tout, Nodey a bien voulu répondre à nos questions.

Interview BeatzMaking : Nodey

BeatzMaking : Tout d’abord merci de te prêter au jeu de cet entretien. Peux-tu te présenter en quelques mots, quelques dates, quelques collaborations pour faire saliver nos lecteurs ainsi que 2-3 termes techniques pour les puristes?

Nodey : C’est moi qui vous remercie les gars de venir me voir. C’est cool qu’il y ait un site consacré au Beatmaking en France.
Me concernant, ça fait 10 ans que je fais de la musique, j’ai commencé le beatmaking pendant mes études d’ingénieur du son. On avait des cours de M.A.O, c’était le terme à la mode à l’époque et j’avais des copains de classe qui avaient des MPC et qui m’y ont initié. J’ai par la suite intégré une structure associative dans le 18ème qui s’appelait U.G.O.P.

À cette époque, mon son était encore très classique NYC : sample de jazz, breakbeat etc…
Je produisais tout sur un ASR10 d’Ensoniq : sampling, séquençage, mixage.

U.G.O.P s’occupait essentiellement d’un groupe de filles qui s’appelait Enigmatik.
Ma première instru sortie dans le commerce, c’était « Citoyen de seconde zone », un titre avec Mokless.

Dans le clip, tu peux voir plein de rappeurs avec qui j’ai été amené à collaborer par la suite : Scred Connexion, Gorah, Hamadi et Amouh, 25G, Dino et C.Sen de Beatstreet, Nasme, Flynt, Sidi O, JP Manova.

BM : Lorsque tu te mets au taf c’est avec une idée derrière la tête ou tu laisses l’inspiration venir à toi dans un état de semi-transe?

N : Vu que je suis un « procrastinateur » averti, je démarre le taf que quand l’inspiration m’en oblige sauf si j’ai une commande avec une deadline serrée, dans ce cas là, je force l’inspiration à venir.
Le plus souvent, j’attends le déclic qui vient à moi, ça peut être une sample, une image, un dialogue, une idée… J’attends le signal divin qui fait résonner mon cerveau, celui ci se connecte au cosmos, je commence alors à capter toutes sortes de mélodies, des textures, des rythmes. Et après, il ne me reste plus qu’à les retranscrire sur mon séquenceur.

BM : Quand tu collabores avec un artiste, tu te refais toute sa discographie pour lui amener une prod dans son délire ou tu préfères l’emmener loin de son périmètre de sécurité, histoire de faire un morceau plus original?

N : L’idéal est justement de trouver le bon équilibre entre les 2. Je retrace la discographie de l’artiste pour comprendre son cheminement et je lui propose des prods qui seraient l’étape suivante dans son évolution. Je ne suis ni dans l’immobilité, ni dans la rupture extrême. Je suis dans la réforme et dans le progrès, je suis en quelque sorte le Macron du rap.

BM : Dans « Public Enemy » Youssoupha profite de poser sur une de tes instrus pour mettre un tacle la gorge au son « trap », tu es assez d’accord ou tu te désolidarises totalement de ses propos?

N : Tacle à la gorge, le mot est un peu fort. C’est plus une crotte de nez, une pichenette. Il ne faut pas non plus tout prendre au premier degré. En vérité, j’ai déjà vu Youssoupha danser sur de la « trap » en soirée.

Rap conscient 3.0

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Le problème en fait, c’est pas la « trap », c’est la « trap de merde ». Moi je kiffe la « trap » mais je trouve dommage que beaucoup de groupes se mettent à reproduire les mêmes gimmicks, les mêmes flows, les mêmes beats, ça uniformise trop le truc. S’inspirer des tendances américaines, c’est normal de le faire, mais c’est bien d’y apporter son swing a soi.
En ce moment j’écoute un groupe qui s’appelle PNL. C’est des mecs du 91 qui racontent leurs histoires de quartier, les histoires de bicrave, rien d’original de prime abord. Mais les mecs ont su développer leur propre musique, leur propre manière d’appréhender l’autotune. Ça fait qu’ils se démarquent direct et tu sens qu’ils vont aller loin car ils ont leur propre univers.

BM : D’ailleurs s’il ne devait rester qu’un seul type de production à vie jusqu’à la fin des temps, tu préfèrerais qu’il ne reste que du « boom bap » ou que de la « trap »?

N : Ha ha ha ! C’est quoi ce piège ? Cette question n’a pas de sens car si le rap est toujours une musique aussi intéressante, c’est justement parce qu’elle est vivante, qu’elle évolue sans cesse et qu’il n’y a pas qu’un seul type de production. En ce moment, on parle beaucoup de « trap », dans quelques années, ce sera autre chose.

BM : En plus d’être producteur, tu es aussi ingénieur du son. Tu as déjà eu la mauvaise expérience de te faire détruire ton son par le mix d’un ingé son chevelu avec la clope au coin du bec ?

N : Merde ouais, plusieurs fois malheureusement. C’est pour ça que maintenant, quand on veut bosser avec moi. Je demande à réaliser le titre. Ça ne m’intéresse plus d’envoyer des beats et des pistes séparées par mail pour se rendre compte, des mois après en écoutant le CD, que le morceau final n’a rien à voir avec l’idée de base. Je préfère désormais avoir une oreille sur toutes les étapes du processus de création du morceau y compris le mastering.
Après, ça ne sert a rien de blâmer les ingés. La musique, c’est pas une science exacte. Tu peux mettre un bon ingé, un bon rappeur et un bon beatmaker ensemble. Si ça communique mal entre eux, chacun restera sur une vision qui lui est propre et le résultat sera bancal. C’est pour ça que je préfère être présent au mix, pas pour diriger l’ingé, mais juste pour lui transmettre ma vision. Après s’il amène sa folie et que c’est cohérent, c’est encore mieux.

BM : On arrive à la question « quota », est-ce que tes origines t’influencent dans ta musique ou dans ton digging de sample ?

N : Au début, je pense pas. Quand je me faisais les dents, j’étais beaucoup plus dans le mimétisme de producteurs américains. Je diggais de la soul et du jazz et je reproduisais leurs techniques pour comprendre leurs sciences du sampling.
Une fois que j’ai pigé le truc, j’ai essayé d’amener ma sauce et d’y apporter quelques leads mélodiques un peu à la DJ Mehdi. En posant des mélodies de manières instinctives, plusieurs personnes m’ont fait la remarque que ça sonnait asiatique. Ce qui serait plutôt logique vu que je suis d’une famille assez impliquée dans la communauté vietnamienne en France.
Quand j’étais bébé, mon père était responsable d’un centre culturel vietnamien dans le 5ème. Ça fait que, depuis ma naissance, j’ai baigné dans ces sonorités. Et puis question digging, j’ai hérité de mes oncles plein de vinyls viets : de la musique populaire et traditionnelle, des chants révolutionnaires. Ça joue forcément sur ma patte.

BM : Quel est l’artiste le plus improbable que tu pourrais sampler ?

N : Faut rien s’interdire. Rien n’est improbable. J’ai déjà samplé des aboiements de chien, des gouttes d’eau. des bruits de perceuse pour en faire des charley ouvertes.

BM : Quel producteur américain (ou français ou islandais…) devrait arrêter ou n’aurait jamais dû se mettre à faire des instrus ?

N : Si un musicien trouve son public aussi modeste soit il, c’est qu’il a eu raison. Par exemple, je ne te cache pas que j’aime pas la façon de produire de JUL. Mais en même temps, le mec fait à chaque fois disque de platine, ce qui est très loin d’être mon cas. C’est donc peut-être lui qui fait de la bonne musique et moi de la merde. Seul le public est juge.

BM : On a pu te voir écraser des producteurs qui ne t’avaient rien fait dans des battles de beatmakers, tu aimes le goût du sang?

N : Pas spécialement. J’aime surtout le fait qu’il y ait des battles de beatmakers. Dans ce pays, les beatmakers sont tellement peu reconnus que c’est cool qu’il y ait des événements comme ça. Avant les beatmakers contest, j’étais inconnu au bataillon, j’avais beau produire pour des rappeurs connus, avoir produit des morceaux qui ont marché, personne savait qui j’étais. Mais on sent que les choses changent dans le hip-hop depuis quelques années et c’est aussi par des initiatives comme votre site que les mentalités évoluent.

BM : Justement tiens, es-tu « hip-hop »?

N : Non je suis « Charlie » ! C’est pas la première fois qu’on me la pose celle là. Moi je ne cherche pas à savoir si je suis hip-hop ou non, ou si untel l’est également. J’ai souvent l’impression que derrière cette question se cache un certain conservatisme. Comme si être hip-hop, c’est se saper et écouter de la musique des années 90’s.

Si on dit que le hip-hop, C’est faire la musique du futur, ok je le suis. C’est ce qu’on fait les premiers DJ en inventant le scratch, c’est ce qu’on fait les producteurs hip-hop en détournant l’usage des premiers sampleurs.
Et de la même manière, c’est ce que font aujourd’hui les rappeurs avec l’autotune. On utilise les dernières technologies en les détournant afin de faire une musique originale et inédite.

BM : Tu as un projet commun avec une chanteuse, Doris, qui est sorti, ou peut-on te retrouver sinon ?

N : Ben au moment même où je t’écris, je viens enfin de terminer mon premier projet solo. Ça m’a pris beaucoup de temps car j’ai galéré pour me trouver, j’ai mis à la poubelle plein de maquettes mais là, j’ai enfin terminé 6 tracks qui me correspondent bien et que je serai fier de vous faire écouter.
Sinon il y a l’album de Youssoupha qui va sortir ou j’ai produit quelques titres.
Et évidemment, je continue à faire des battles, produire de la musique pour des vidéos, des rappeurs et des YouTubeurs. Tant que les gens sont cools et talentueux, qu’il y a de l’alcool en studio et de l’argent à la clé, je suis là !

BM : Merci Nodey pour ta participation et à très vite pour de nouvelles aventures sur BeatzMaking.

N’hésitez pas à suivre Nodey sur Twitter, Facebook, Instagram et Soundcloud.

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