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Interview BeatzMaking : Amir (Street Fabulous)

Après nos interviews sur notre cher territoire français et nos escapades américaines, BeatzMaking revient en Europe mais en Belgique cette fois pour interroger l’un des maîtres d’oeuvre de l’écurie Street Fabulous, l’homme que l’on nomme Amir.

Interview BeatzMaking : Amir (Street Fabulous)

BeatzMaking : Bonjour Amir, merci de nous accorder du temps pour cet entretien.

Pour commencer sans aucune originalité,  est-ce que tu peux nous parler du Amir de la période avant Street Fabulous ?

Amir : Le Amir d’avant Street Fab c’est un ado de 15 piges qui aime le rap français et uniquement le rap français à cette époque et qui a envie d’aller plus loin, savoir comment on fait de la musique. En pur autodidacte, j’ai appris les notions de musique avec un logiciel qui s’appelait « Hiphop Ejay » . C’était des boucles toutes faites mais ça m’a appris les codes musicaux de base. Après l’avoir saigné une année, je sentais que je tournais en rond, j’avais envie de créer ma propre musique, et j’avais entendu parlé d’un logiciel : Fruity Loops (version 2 !), c’était les balbutiements d’internet à l’époque mais j’ai réussi à trouver une copie de ce soft. C’est la période à laquelle je découvre Timbaland et ses productions, ça a été une révélation pour moi.

 

BM : Quelles ont été tes premières influences ?

A: J’étais un bousillé de rap français donc j’étais admiratif du travail de Djimi Finger, Sulee B Wax ou Madizm et quand je suis tombé sur le rap et RnB US j’ai pris une gifle avec Timbaland, ça reste pour moi un modèle d’innovation et de créativité. Avec Dre et les Neptunes on peut dire que ce sont les 3 entités qui ont révolutionné la musique des années 2000 et qui m’ont de ce fait beaucoup influencé, surtout Timbo et Dre.

 

 

BM : Niveau matériel sur quel type as-tu débuté ?  J’imagine que depuis ton équipement  a beaucoup évolué ?

A : Au début des années 2000, j’ai commencé avec un Pentium 3 une carte Creative Sound Blaster et donc un Fruity Loops 2 cracké, à l’époque t’avais pas à disposition des drum kits Dre ou Neptunes etc… donc je créais moi-même mes banques de sons en samplant les gros morceaux US du moment, je cherchais les kicks, snares, hi-hats isolés pour me créer une base de travail, c’était du bricolage.

Ensuite je me suis mis sur Nuendo et j’ai acheté un Korg Triton. Je me sentais pas trop à l’aise avec Nuendo, je cherchais un autre soft un peu plus intuitif et à cette époque j’ai rencontré Oz qui lui commençait à bosser sur Reason. Ça deviendra mon logiciel de prédilection pendant quelques années, tout en essayant toujours ce qui se fait sur le marché, Ableton Live, FL Studio, Cubase, Protools etc… J’ai toujours touché à tout, ça permet d’être toujours à la page et d’éveiller ma créativité. Aujourd’hui je bosse principalement avec Maschine pour tout l’aspect production pure et Reason pour arranger et finaliser mes tracks.

 

BM : Donc tu es plutôt Maschine que MPC ? Sachant que la version MPC Touch se rapproche de Maschine.

A : Au départ j’étais vraiment anti-machine, on me cassait la tête avec le grain de la MPC, que ça donnait une chaleur différente, mais ça ne m’avait jamais fait passer le pas pour me lancer dedans, je trouvais pas ça très pratique d’utilisation même si tout est une question d’habitude.

Mais depuis un an, j’ai flashé sur Maschine, j’ai maté pas mal de vidéos sur YouTube, je voyais que ce joujou commençait à faire pas mal de bruit, ça m’a parlé et j’en ai fait l’acquisition avec la totale Komplete 10 et je t’avoue que j’ai trouvé MA configuration pour enfin délivrer ce que j’ai en tête de manière super intuitive.

J’aime rentrer dans le vif du sujet, j’allume Maschine et je fais du son. Je ne peux pas te parler de la MPC Touch mais ça m’intéresserait de l’essayer, j’aime le coté tactile des machines hardwares, le fait qu’il y ait de moins en moins de boutons physiques et de potards pour les remplacer par les gestes de la main, ça me parle. Qui sait, dans un an je me lancerai dans une toute nouvelle machine, je ne suis pas du tout fermer à essayer de nouvelles choses.

 

BM : Et tu suis un peu les nouveautés au niveau machines (genre Seabord de RoliCollidoscope…) et les logiciels qui sortent ?

A : Je suis un pur geek et je suis à l’affût de toutes les nouveautés qui sortent, dans l’équipe avec Oneshot je crois qu’on est les plus à la page niveau technologie ! Tu me parles du Roli, justement je compte investir là-dedans, ce clavier c’est une dinguerie de technologie, je me promène souvent sur YouTube pour voir ce qui se fait, je suis des gars comme Anomaly aka Soundoracle qui est le sound designer de Timbo et Polow Da Don lui aussi montre pas mal de nouveaux joujoux.

Par contre tu viens de me faire découvrir le Collidoscope, c’est un prototype apparemment, tu vois par exemple si j’ai un gros chèque qui tombe c’est clairement le genre de connerie sur laquelle je vide mes poches sans réfléchir. Je suis comme un gosse devant le tout nouveau jouet qui vient de sortir.

Je m’amuse beaucoup avec mon iPad aussi, à la recherche d’applications, là je suis sur une app « Borderlands » qui te permet de superposer plusieurs samples et de les transformer en temps réel pour finir avec une boucle totalement inédite. Très marrant à utiliser.

 

 

BM : Y a t-il des moments de la journée où tu es plus productif que d’autre ? Comment se passe ta « journée type » de producteur ?

A : Tout se passe au feeling, je n’ai pas de routine de travail en particulier, je peux me lever le matin et taper une prod dans mon home studio ou aller dans nos studios (Uptown studios) et juste écouter de la musique et chiller toute la journée pour finir par faire quelques prods en fin de soirée.

Hier encore j’étais enfermé en studio avec Oz et Oneshot ça discutait de tout et de rien et en même temps j’avais commencé une prod et Oneshot a mis sa touche dessus. Bref pour te dire qu’il n’y a aucune règle dans ma façon de travailler, tout se passe à l’instinct et à l’envie. Je ne me force jamais.

Sinon à chaque fois que je bloque au niveau de l’inspiration et que ça commence à durer, je m’impose un changement de setup complet, dans mes disques durs tu trouveras des session Live, Reason, FL, Maschine, Logic, Cubase, je touche à tout.

Ce que je m’impose par contre c’est que une fois par semaine pendant toute une journée j’écoute pleins de vieux morceaux et je me mets à découper tout ce qui est intéressant sans pour autant savoir ce que je vais en faire plus tard. Et je fais ça depuis maintenant 15 ans, je te dis pas la collection de samples déjà découpés et prêts à être utilisés !

 

BM : Et tu écoutes même des styles que tu n’aimes pas au cas où il y aurait des pépites ?

A : Je puise vraiment dans tout ce que je peux trouver, beaucoup dans la variété que ce soit française ou partout ailleurs dans le monde. Aujourd’hui j’essaye de puiser beaucoup plus dans les ambiances traditionnelles, beaucoup de world music aussi. Ce n’est vraiment pas selon mes préferences, j’écoute tout et n’importe quoi vraiment. J’évite juste les genres un peu cramé style soul ou funk, même si il doit y avoir encore des pépites a trouver.

 

BM : Chaque beatmaker a ses habitudes est ce que ça t’arrives quand même de changer diamétralement de façon de faire sur certains sons ou tu retrouves généralement le même processus de création ?

A : J’aime construire des rythmiques complexes, pas forcément chargées, mais complexes, c’est mon kiff donc je commence principalement par me prendre la tête sur les drums, une fois que j’ai une belle boucle je commence avec la ligne de basse et ainsi de suite.

Ou par exemple il m’arrive aussi de tomber sur un morceau de malade sur YouTube, dans un 33 tours ou en regardant Télé Melody ou VH1 classic (ça tourne souvent à la maison), je vais le sampler et commencer à le triturer pour ensuite construire une rythmique autour de ça.

 

 

BM : Comment s’est faite ta connexion avec Oz ? La création de Street Fabulous s’est faite ensemble ou c’était déjà là quand tu l’as connu ?

A : J’avais 17 ans quand j’ai rencontré Oz pour la première fois. Via des amis communs. On lui avait parlé de ce que je faisais, j’enregistrais mes prods sur des K7 à l’époque, j’avais pas de graveur CD, ça le faisait marrer. Il a écouté, a grave kiffé, il m’a beaucoup conseillé et ça m’a fait énormément évoluer de bosser à ses côtés, il avait déjà une expérience dans la production et le travail en studio pur, ce que je n’avais pas du tout, je sortais de ma petite chambre d’ado.

Je n’avais rencontré encore aucun autre producteur, qui se laissait autant aller à conseiller un jeune qui avait la dalle, ça m’a donné beaucoup de confiance. Il n’y avait pas de Street Fab à cette époque encore. On se voyait pour bosser ensemble de temps en temps mais rien de sérieux. Et quand certaines opportunités sont arrivées Oz a eu l’idée de créer un pool de producteurs à l’image des Hitmen de Puff Daddy, c’est-à-dire plusieurs producteurs au service d’une même entité. Il m’a proposé de se lancer là dedans et j’ai pas hésité, il connaissait aussi Pegguy Tabu et son frère Abel qui faisaient du bon son et c’est de là qu’a commencé l’histoire Street Fabulous, Oz est l’instigateur et le moteur de cette machine.

 

STREETFABULOU

 

BM : Une équipe de producteurs n’étaient pas chose courante quand vous avez commencé maintenant c’est un peu plus répandu, est-ce que c’est dur à gérer ?

A : Dur non, on avait chacun nos rôles, Oz était un peu le RP/manager de l’équipe il avait pris la responsabilité d’aller nous faire connaitre en France, et le reste de l’équipe devait fournir un max de matière et la formule s’est avérée gagnante. On était, vu notre nombre, 4 fois plus productifs que n’importe quel producteur français solo, et en plus totalement diversifiés de par nos influences artistiques différentes, donc les artistes trouvaient toujours quelque chose qui leur convenait dans ce qu’on leur proposait.

Tu pouvais trouver quelques binômes déjà en France mais c’était pas du tout dans la même dynamique qu’on proposait. Tu pouvais entendre Street Fab sur l’album de Kayliah avec « Belly Dance » et un mois après sur l’album de Mac Tyer avec « Ne Me Parle Pas De Rue », on voulait vraiment faire office de rouleau compresseur dans ce game, on avait la dalle on voulait tout prendre parce qu’on savait tout faire sans prétention aucune.

BM : À une époque vous avez organisé des sortes de casting et c’est d’ailleurs par ce biais que Ogee Handz ou DikC ont rejoint votre équipe, vous continuez toujours ce genre d’initiative ?

A : Les aléas de la vie on fait qu’on s’est retrouvé à deux, Oz et moi vers 2007, on a continué à marteler le game à deux, mais on s’est dit que la force de Street Fab c’était sa diversité, on avait pas mal de gars de talent dans notre entourage dont Marv’Lous, Prinzly et Oneshot qu’on a signé dans l’équipe les années suivantes.

Puis vers 2012 je crois, on a donc eu l’idée de lancer un concours via les réseaux sociaux un peu en mode freestyle pour recruter de nouveaux beatmakers pour Street Fab, on voulait vraiment créer une usine à fournir des prods, et on s’est retrouvé à recevoir plus de 300 prods de compositeurs de tous les pays, ça venait même de Russie ! On a fini par trouver 3 gros talents qui étaient Ogee Handz, Dik-C et So Loud. On les a signé et bim c’était parti. La nouvelle ère Street Fab commençait.

 

BM : A l’heure où on parle est ce que tu peux nous citer les différents membres de la team ?

A : Oz, Prinzly, Oneshot, Marv’Lous ainsi que Cucci et 87 qui viennent d’intégrer à l’équipe, plus moi ce qui fait 7, c’est un beau chiffre.

 

 

BM : Vous êtes plutôt connus pour vos prods rap mais paradoxalement les premiers placement majeurs ont été pour des artistes RnB ou Ragga (Singuila, Nuttea, Kayliah…), ça vous a ouvert des perspectives dès le départ ?

A : Tout simplement parce que la première maison de disques avec laquelle on a eu contact était Hostile, à l’époque gérée par Benjamin Chulvanij. Il a kiffé ce qu’on faisait donc on s’est retrouvé sur pas mal de projets en cours sur le label, ce sont les premiers à nous avoir fait confiance. De là est parti le bouche à oreille, et comme les prods étaient là, on devenait au fil des mois les plus gros fournisseurs de prods en France dans la musique urbaine. Depuis nos débuts, on a produit sur plus de 90 albums et je ne compte pas le nombre de morceaux.

 

BM : Originaires de Belgique comment s’est faite cette grosse percée du marché français ?

A : Le travail c’est évidemment 80% du succès et puis évidemment les contacts et les relations créées avec les différents artistes et labels, le fait d’entretenir de bonnes relations avec la plupart des intervenants du game, c’est la base. Et on venait avec une proposition différente de ce qui se faisait, dès les deux premières mesures tu voyais où on voulait en venir, c’est-à-dire casser des nuques avec des gros sons. On était pas dans le boom bap, ni dans les prods trop synthétiques, on venait simplement avec quelque chose de frais.

Tu sais on vient de Belgique et musicalement on tend plus vers le côté anglo-saxon, j’ai un papa qui était à fond dans le rock et la soul, dans mon enfance j’ai grandi en écoutant plein de choses différentes, ça allait de Chuck Berry aux Temptations en passant par les Rolling Stones ou Queen. Les sonorités américaines nous ont toujours plus marqué, ce qui fait qu’on nous a collé l’étiquette de producteurs « à la cainri » de par le son qu’on produisait.

 

 

BM : Vous êtes aussi sur des marchés comme l’Italie, l’Allemagne… c’est venu après ou avant d’avoir bossé avec des français ?

A : On a vraiment commencé notre carrière en France, donc toutes les connexions qu’on a pu avoir plus tard venait du travail qu’on a accompli en France, et plus particulièrement après l’album de La Fouine « La Fouine VS Laouni » dans lequel on avait placé 9 prods.

De là je reçois des mails d’un peu partout en Europe dont le management de Farid Bang, artiste majeur du rap allemand aujourd’hui, il n’était pas si big à cette époque, depuis c’est devenu un proche et nous collaborons souvent ensemble. Pareil pour Hadise, artiste pop turque, c’est un peu la J-Lo de Turquie, elle a entendu parler de nous et à l’époque elle voulait se détacher de ce qui se faisait en Turquie musicalement en venant avec un son plus urbain. Je peux te citer BMG aussi, notre éditeur, qui nous trouve des projets intéressants un peu partout dans le monde, en Italie, en Australie, en Hollande .

L’avantage d’être des compositeurs c’est qu’on a aucune barrière linguistique, seule la musique parle, demain tu peux nous entendre en Suède ou au Japon pendant qu’on bosse en même temps sur le prochain artiste français du moment. La magie de la musique.

 

 

BM : En tant que collectif de producteurs vous essayez de vous mettre la pression chacun votre tour avec vos prods ?

A : Clairement ! C’est ce qui nous fait avancer artistiquement, c’est un combat musical permanent entre nous, on se voit en studio pour écouter les prods de chacun et soit ça charrie parce que le gars avait fait une prod avec ses pieds ce jour là, soit ça reste bouche bée tellement c’est lourd. Notre compétition, avant même qu’elle se fasse avec d’autres équipes, elle se fait avant tout entre nous, et le fait d’intégrer de nouvelles têtes dans Street Fab ça nous permet aussi de rester à la page et de continuer à progresser pour les plus anciens d’entre nous. On a pas le droit de baisser la garde parce qu’on se rate pas.

 

BM : Vous composez vos prods chacun de votre côté mais tu disais que ça vous arrive de vous mettre à plusieurs sur le même beat ?

A : Ça arrive pas tout le temps mais si jamais j’arrive pas à finir une prod, j’irai sans hésiter voir le gars dans l’équipe qui pourra me la plier avec sa vision. Et vice versa, ça arrive qu’un de mes gars demande ma vision pour certaines prods ou même y mettre mon grain de sel. A ce moment-là, on se voit en studio et on délire ou alors on s’envoie les sessions et on bosse ça a distance en mode Skype. Ca nous est déjà arrivé d’être 3 ou 4 sur une seule prod juste dans le but de magnifier la musique. Quand tu vois parfois dans certains crédits aux States, qu’il y a 6, 7, 8 intervenants pour une production, le but premier c’est vraiment de sortir la prod la plus efficace possible.

 

 

BM : Au niveau des crédits, certaines fois on peut lire « prod by Street Fabulous » et d’autres « prod by… » et vos pseudos, comment le choix se fait en général ?

A : Si tu lis « Prod par Street Fabulous » c’est que le gars de la maison de disques qui est censé retranscrire les crédits n’a pas tenu compte de nos remarques. Depuis le début, on s’est donné comme règle de toujours mettre en avant le compositeur derrière la prod qui a été placée. Ok Street Fabulous c’est l’entité mais c’est avant tout le travail artistique d’un compositeur et pour l’ego c’est toujours gratifiant de voir son nom dans les crédits. Donc si les crédits sont bien édités ce sera « Produit par XXX pour Street Fabulous », toujours !

 

BM : Avec votre discographie et maintenant que votre nom est un gage de qualité vous démarchez encore de votre côté ou toutes les connexions se font parce qu’on vous demande ?

A : Franchement on ne se repose pas sur nos lauriers, ce milieu est impitoyable et on peut vite t’enterrer si tu disparais trop longtemps, les artistes d’ il y a 10 ans ne sont plus forcément ceux qui sont présents aujourd’hui, donc on rencontre toujours de nouveaux artistes de nouvelles équipes, de nouveaux labels avec des prods toujours aussi efficaces. On a évidemment beaucoup plus de facilités qu’un jeune producteur qui arrive, les portes des maisons de disques nous sont ouvertes mais ça ne suffit pas. Il faut toujours être sur le terrain et bosser le networking sans négliger qui que ce soit.

 

 

BM : Vous bossez aussi avec des américains, c’est de la relation à distance ou vous arrivez quand même à les côtoyer ?

A : Ça reste le rêve de n’importe quel producteur dans le monde de pouvoir entreprendre une vraie carrière là-bas, on a énormément de contacts directs mais comme on dit, loin des yeux loin du cœur, donc on s’efforce de faire des allers retours fréquemment. Là-bas le networking est encore plus important que n’importe-où dans le monde, il suffit que tu tombes sur l’artiste qui fera d’une de tes prods un banger et qui t’ouvrira ensuite naturellement toutes les portes. Ça reste aujourd’hui encore, notre plus gros challenge. De belles choses se préparent d’ailleurs dans l’année qui vient pour Street Fab et notre label Trez Recordz.

 

 

BM : Peux-tu nous parler de l’histoire de la prod de JoeyStarr (Bad Boy) , au final il l’a kické mais aussi Fred The Godson a fait un gros son avec (Too Fat). Qui a eu la primeur de l’instru ? Et aussi, au niveau du thème qui est assez commun, c’est vous qui l’avez amené ?

A : Rien d’extraordinaire en fait. À cette période on était en contact quotidien avec Fred The Godson et on lui envoyait des prods tous les jours, et tant que les prods ne sont pas bloquées on les fait tourner, business oblige, et à cette période JoeyStarr était sur son projet et Dadoo (réalisateur de « Gare au Jaguarr ») cherchait des prods pour Joey. C’était aussi la période où on bossait pas mal avec Booba et il nous avait filé tous les acappelas de l’album « Ouest Side ». Oz a eu l’idée de retaper le refrain en français avec la phase de Booba, on l’envoie a Joey et il l’a retenu. C’était juste avant la grande période des clashs.

 

BM : Sans être toujours pareil, il y a le « son » Street Fabulous dans le sens où c’est toujours assez entraînant, un côté club et très mélodique. Est-ce que les tendances actuelles typiquement trap répétitives vous parlent quand même ?

A : Clairement, d’ailleurs quand t’entend un morceau comme « Rap Genius » de Disiz  ou « Me Revoila » de Niro, on est déjà dedans, mais toujours avec un souci d’originalité, de rapporter un truc au mouvement.

Le souci avec la trap c’est que c’est le genre musical le plus facile à reproduire pour un débutant, donc toute une génération de producteurs jettent tout leur corps là-dedans et se contentent de faire de la trap générique, les mêmes intros, les mêmes effets les mêmes roulements, les mêmes sonorités, etc… Reste aussi à trouver des artistes assez ouverts pour s’essayer à quelque chose qu’ils ne reconnaissent pas aux premiers abords.  Je pense qu’en 2016, si tu continues avec cette trap basique t’es dead, le challenge ce sera vraiment d’arriver avec une version hybride. J’entends parler beaucoup de l’afro trap en ce moment mais bon y’a pas grand-chose de trap dans ce que j’ai pu écouter, c’est plus du rap sur de l’afro-beat.

 

 

BM : Vous avez toujours travaillé avec les scènes montantes au fur et à mesure des années, c’est important pour vous de rester connectés avec ce qui est frais ?

A : Bien sûr on est toujours au fait de ce qui se fait, surtout en Belgique en ce moment c’est la folie au niveau des artistes de talent, y’a une génération qui est tout à fait en phase avec ce qui se fait aujourd’hui, mais je pense que la différence avec ce qui se fait en France c’est qu’ils viennent en ajoutant leur propre truc, leur propre sauce, je pense que l’année 2016 sera une année fructueuse pour le rap belge, et on va essayer de faire en sorte que ça le soit.

 

BM : Parlons de l’avenir, sur quels projets on va entendre votre patte et la tienne en particulier ?

A : Je vais te parler de l’actu Street Fabulous en général :

J’ai une prod sur le prochain album de La Fouine. Nos nouveaux membres Cucci & EightySeven ont produit le morceau « Zyed et Bouna » de Kery James, qu’il a d’ailleurs dévoilé en partie sur son compte Facebook et on sera sur le prochain de Lino, je bosse sur quelques morceaux pour Disiz, et plein d’autres projets mais toujours en cours, rien de bouclé.

Prinzly est en train de bosser sur un projet solo, pas du tout un album de compositeur mais un vrai album où il sera auteur compositeur interprète de son projet.

On a travaillé quelques jours dans nos studios avec un nouveau venu qui s’appelle Kekra, gros talent qui arrive.

Sinon du côté de notre label TREZ RECORDZ on se concentre dorénavant sur le développement d’artiste. Et nous sommes toujours à la recherche de nouveaux compositeurs et artistes en Belgique.

 

BM : Pour finir, j’aurai quelques questions à la con genre Ardisson !

Quelle est la prod que tu aurais rêvé de faire dans le rap US ? Dans le rap français ?  Et dans la musique en général hors rap et sans frontières ?

A : Sans hésiter « P.S.A. » de Jay-Z produit par le Just Blaze des grands jours, ce morceau me donne des frissons même plus de 10 ans après sa sortie.

Pour la France, je dirai « Hardcore » d’Idéal J produit par Delta (Expression Direkt), l’impact et la pression que met ce morceau est tellement intense, elle peut tourner en boucle pendant 1 heure, tu t’en lasses pas. D’ailleurs je pense que c’est comme cela qu’il a conceptualisé la prod, une bande son qui ne se termine jamais de par le thème du morceau. Un classique du rap français.

 

BM : Si pour une journée tu pouvais incarner un autre producteur tu serais qui ?

A : Encore une fois sans hésiter, Timbo the King, un génie, c’est un mec qui sera toujours à la page.

 

BM : Tu préfères un morceau qui marche commercialement mais qui n’est pas terrible ou un son qui tue mais qui ne fait pas plus de 1000 vues sur YouTube ?

A : En tant qu’éditeur je te dirai évidemment que le but c’est d’avoir le maximum d’exposition, de passages radio et télé pour remplir les caisses et peut-être signer de nouveaux compositeurs qui seront peut-être un peu plus spé dans leur délires mais qui auront la possibilité d’évoluer dans leur voie et direction artistique propre.

En tant que compositeur j’ai toujours fait ce que j’aimais donc quoi qu’il se passe je serai au moins fier de mon travail fourni même si le résultat final n’est peut-être pas à la hauteur de mes attentes.

 

BM : Et enfin si tu devais être un « hater », tu dirais quoi sur Amir ?

A : On va plutôt englober Street Fabulous vu que ce que j’entend parfois est surtout lié à l’équipe. En général ce qui revient c’est « trop cher » « trop arrogant » ou « Street Fab ils sont finis ». Généralement ça vient de gens qui ne nous connaissent pas, ou qui à la base nous manquent de respect, style nous imposer le fait qu’ils ne payent pas pour des prods, des fantaisies comme ça. Evidemment ils ne tombent pas sur des personnes coopératives avec nous, donc ça finit par parler mal. Et pour ce qui est de nous enterrer, on en reparle pour le bilan 2016 !

 

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