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Interview BeatzMaking : Verbal Kint

BeatzMaking est de retour en territoire gaulois à la rencontre d’un producteur qui cultive le mystère et envoie des bastos avec le sang-froid et la maitrise propre à son blaze, Verbal Kint.

verbal

 

BeatzMaking : Bonjour Verbal Kint. Tout d’abord vu ton blaze, est ce qu’on peut vraiment avoir confiance en toi par rapport aux réponses que tu vas donner ?

Verbal Kint : Bonjour BeatzMaking, merci à vous pour l’invitation. C’est à voir.. [Rires]

 

BM : D’ailleurs pourquoi ce nom pour ceux qui ne connaissent pas la référence ?

VK : Parce que c’est un personnage issu du film « Usual Suspects » réalisé par Bryan Singer avec le très grand Kevin Spacey dans le rôle de.. Verbal Kint… mais je ne peux pas trop dire pourquoi, je risquerais de me faire des ennemis en spoilant !

 

 

BM : Plus sérieusement, tu es dans la musique depuis fin des années 90, est-ce que tu peux nous retracer ton parcours ?

VK : Exactement ! J’ai commencé à devenir accro en 1999, bien qu’avant ça, mon grand frère faisait tourner à la maison les plus grands du rap américain ( NWA, LL Cool J, Public Enemy, Naughty By Nature, etc.. ) mais j’ai commencé à prendre une feuille et un stylo un été de 1999. Je recopiais les textes de NTM et Busta Flex et je les apprenais par cœur afin d’avoir le même flow. J’avais un petit groupe de rap, j’ai sorti 3 disques en autoprod avec ce groupe jusqu’en 2005 où je me suis lancé en solo en tant que rappeur. Je sortais un son par semaine et je le mettais sur mon Skyblog, je l’écrivais, enregistrais, mixais tout seul. Même Jul n’a pas fait ça !!!

 

 

BM : Tu as commencé rappeur puis tu es passé au beatmaking, c’était par nécessité ?

VK : J’ai commencé rappeur puis ensuite compositeur mais ce n’était pas trop par nécessité à l’époque, en fait dès que je me suis lancé en solo, vu que je faisais tout tout seul sans l’aide de personne, j’étais souvent sur l’ordi donc je me suis intéressé au beatmaking petit à petit..

 

BM : Tu arrivais à concilier les 2 ?

VK : À cette époque, j’arrivais bien à concilier les deux, j’étais encore chez ma mère, pas trop de responsabilités. Ensuite je me suis rendu compte, entre 2007 et 2012 à peu près, qu’en étant rappeur et compositeur en même temps en France, tu avais peu de reconnaissance pour tout le travail fourni donc je me suis concentré à 100% sur la composition.

 

BM : Sur quel type de matos as-tu commencé

VK : J’ai commencé sur le vieux pc de ma mère ! J’avais un logiciel qui s’appelle Cool Edit Pro, j’avais une technique de geek de la mort ! [Rires]

Je prenais un morceau peu importe lequel, je calculais l’espace qu’il y avait entre chaque snare en zoomant au maximum ensuite j’ouvrais un nouveau projet en plaçant ma snare mais en rajoutant un blanc jusqu’à l’autre snare pour créer un temps ! Je pense que je vais faire un tutoriel de cette technique !

 

BM : Et depuis tu as abandonné les techniques de la mort pour un autre type de matériel j’imagine ?

VK : J’ai toujours plus était software que hardware, je samplais des drums, des basses sur plein de disques, peu importe le style, je créais mes propres banques de son et ensuite je faisais mes beats. J’ai commencé sur Cubase pendant très longtemps ensuite je me suis un peu mis à Reason et depuis 6 ans je suis sur Logic Pro sur Mac.

 

 

BM : Quelles sont tes influences majeures ?

VK : Mes influences sont nombreuses, Michaël Jackson à tout niveau m’a beaucoup influencé, j’ai vraiment absorbé son groove de l’époque où Teddy Riley le produisait, grâce à mon grand frère j’ai une très bonne culture New Jack, il en écoutait souvent, donc au niveau du groove pour composer les beats, je suis très à l’aise.

Influences arabes aussi, ma mère écoutait beaucoup de musique orientale, ça c’était pour la partie « lobotomisation » !

Concernant la partie self made, on va dire qu’il y a quand même beaucoup de Dr Dre, Mobb Deep, Nas, Tupac, Scott Storch, JR Rotem, Timbaland. Aujourd’hui je suis très Dj Mustard, Metro Boomin, London On The Track, Detail..

 

 

BM : Quel est ton sentiment sur l’évolution des prods au fil du temps ? La France a toujours 10 ans de retard sur les USA?

VK : Techniquement, on a plus grand chose à envier aux américains mais ce qui nous manquera toujours c’est l’innovation par rapport à eux, la prise de risque. Tu sais un jour un ami m’a bien fait comprendre la mentalité française, il m’a dit : « Regarde un français quand il va au resto, 8 fois sur 10, il prend le même plat parce qu’il a envie d’être sûr de ne pas prendre de risque en mangeant son plat préféré ! » Ça pour moi ça reflète la mentalité française, zéro prise de risque pour 100% de réussite donc du coup on reste pauvre dans l’innovation…

Aux USA, ils te sortent un beat pas très bien agencé avec un son de bells pas très beau mais dessus te font poser Beyoncé ou bien Future et te sorte un morceau dingue !

Concernant le retard je dirais qu’on aura toujours du retard mais beaucoup moins qu’avant.. ça a du se réduire à 4 ans de retard je pense.

 

BM : Que penses – tu des « type beats » très tendance sur le net ? Tu vois ça comme une perte d’identité ?

VK : Je ne pense pas que ce soit une perte d’identité, on est dans une ère de surconsommation, de fortes demandes ou plein d’artistes te disent : « Je veux le même beat qu’untel ! », donc du coup les beatmakers se dépêchent et prennent de l’avance en postant sur leur Soundclick ou Soundcloud les beats en vogue. On a pas le choix j’ai envie de te dire. Si tu veux rester bloquer dans le passé vas-y, mais bon pas sûr qu’on entende parler de toi un jour !

 

BM : Est ce qu’il t’arrive de bosser des prods à la commande ?

VK : Maintenant c’est exclusivement de la commande. Avec la notoriété que j’ai pu prendre ces derniers temps et avec les demandes émanant de mon manager pour tel ou tel artiste, j’en suis au stade de la commande dans 100% des cas.

Quand je ne fais pas de commande c’est juste pour tester des nouveaux plugs et ensuite j’efface le projet, je le jette direction la corbeille !

 

 

BM : Ça fait plusieurs projet que tu bosses avec Rohff, comment se passe la collaboration ?

VK : Oui, j’ai produis 8 morceaux sur ses 2 derniers albums, des morceaux qui ont super bien tourné, j’en suis très fier. La collaboration est vraiment simple, surtout parce qu’on vient du même endroit lui et moi. Humainement on se comprend vraiment très bien et donc artistiquement c’est le top ! Il me contacte des fois dans la nuit, en me disant qu’il aimerait bien qu’on fasse un morceau avec un thème précis, ensuite je me mets à bosser ça, on se voit en studio, je fais des arrangements… Je suis là pendant tout le processus d’enregistrement, on est ensemble donc on fait de bons morceaux.

 

BM : 
 Tu dirais ça favorise les placements avec d’autres artistes ?

VK : Oui ça favorise pas mal quand tu vois le respect qu’il a obtenu dans le rap français et tout ce qu’il a fait pour cette musique. Tous ceux qui ont une bonne oreille savent que c’est un gage de qualité, même si je reproche au rap français ce coté beaucoup trop « protectionniste » qu’il prend ces dernières années. C’est dommage…

 

BM : À une époque tu as déclaré que si un artiste comme Kamini te demandait une prod tu refuserais, tu restes sur tes positions ?

VK : Évidemment que je refuserais ! Tu veux tuer ma carrière ou quoi ?! [Rires]

Comme je le disais ça va me servir à quoi ? Oui je risque de prendre une belle somme mais après ça plus rien ?? En plus Kamini c’était du rap humoristique quand-même.. C’était pas sérieux ! Après je ne serais pas contre le fait de travailler avec des artistes un peu plus « légers » que ceux avec qui j’ai déjà travaillé mais il faut que je kiffe un minimum !

 

BM : Comment analyses-tu la place des beatmakers dans l’industrie du rap français ?

VK : On a pas assez de reconnaissance comme il peut y avoir aux USA ça c’est un fait mais vu qu’il y a toujours un retard.. ça viendra je pense. Mais il manque quand même d’initiative, comme par exemple des émissions pour beatmakers sur de grandes radios, des concours pour beatmakers plus fréquents, même un créneau sur le câble avec des petits reportages etc…

 

BM : Tu écoutes ce que font tes confrères ?

VK : J’écoute un peu oui et quand il y a vraiment un morceau qui me plait, je cherche à savoir qui a produit cette tuerie, j’ai toujours eu cette culture d’aller chercher l’info quand ça me plait, même sur le clip, qui l’a réalisé, etc…

 

 

BM : Voila le moment de la question con (parce qu’il en faut toujours une), si tu devais faire un mix de plusieurs beatmakers pour avoir le producteur parfait tu mélangerais qui ?

VK : London On The Track, Metro Boomin, Noah « 40 » Shebib et Eminem !

 

BM : Peux-tu nous parler de Gwash Music?

VK : Gwash Music c’est mon label de production et d’édition musicale que j’ai monté avec mon ami et associé Karim, depuis 2010, on y développe et signe des rappeurs, chanteurs et aussi compositeurs qui ont du talent et qui ont la « gwash » !!

 

 

BM : Sur quels projets on va pouvoir entendre du Verbal Kint dans le futur ?

VK : Je suis assez discret sur mes futures collaborations, je vous laisse me suivre sur les réseaux sociaux, mais une chose promise, vous ne manquerez pas de m’entendre sur des projets plus intéressants les uns que les autres.

 

BM : Enfin, la dernière question essentielle… qui est Keyser Söze?

VK : Je vous laisse regarder le film « Usual Suspects » pour le savoir ! Fuck Spoilers !

 

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