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Interview BeatzMaking – Kimfu

Nouvelle interview BeatzMaking avec Kimfu en vedette. On aborde le sujet des DJs mais aussi son passé, sa vision de la musique ainsi que ses futurs projets.

kimfu

BeatzMaking : Tout d’abord merci Kimfu de nous accorder cet entretien. Maintenant que les politesses d’usage sont faites, est-ce que tu peux nous expliquer le cheminement qui t’a mené du breakdance jusqu’à cette interview ?

Kimfu : J’ai commencé la danse très tôt, vers 9 ans, bercé par Michaël Jackson puis j’ai débuté le breakdance vers 12 ans et à 15 ans je me suis essayé aux platines ( enfin tourne-disques ) quand j’ai entendu pour la première fois des « scratchs » dans mes premières K7 de break . Vers 23 ans je me suis mis à la production sans relâche 24/24 et 7/7 .

 

 

B : Tu as été boxeur de haut niveau avec des titres, tu as pratiqué aussi d’autres sports de combat, comment on passe du punching-ball aux platines?

K : J’ai toujours fait les deux en parallèle . J’ai commencé le Karaté vers 10 ans et à 16 ans je me suis mis à la boxe française et Kick Boxing en même temps que le Deejaying. J’ai fait mes premiers combats dès que j’en ai eu le droit, à ma majorité et mes premières soirées en tant que Dj ont commencé en même temps . Certains week-ends je faisais une soirée le vendredi soir et le samedi j’étais sur le ring .
Pour beaucoup ces deux vies sont incompatibles, mais moi je gérais ça sans trop de difficulté, pour beaucoup «soirées » rime avec alcool et drogue mais ça n’a jamais été mon cas . Tout est une question de discipline et de volonté .

 

B : Si tu compares l’adrénaline propre à un combat et celle d’un set de DJ, tu dirais que ça se vaut ?

K : Un combat n’est comparable à rien d’autre et personne ne peut le comprendre sans l’avoir vécu, mais on peut retrouver une sensation de victoire dans un Dj set quand le public répond présent . Dans la boxe on dit qu’il faut être deux pour faire un bon combat pour le deejaying c’est pareil, il faut aussi un bon public pour faire une bonne soirée .

 

B : On peut le voir en te suivant sur ton Périscope, tu continues à t’entretenir physiquement, c’est nécessaire vu ton âge avancé ? 😉

K : Déjà tu vas te calmer avec mon « âge avancé », je te signale quand même que je suis un des plus jeune DJ de la génération K7 et vinyle . Et bien sûr que le sport est nécessaire à tout le monde et à tout âge, aussi bien du point de vu physique que psychologique. D’ailleurs je fais aussi du coaching en parallèle avec des gens plus ou moins âgés et débutants.

 

 

B : Au départ du hip-hop, le DJ était la star, 30 ans plus tard, les rappeurs ont pris le large, comment vois-tu l’évolution de ta discipline ? Tu rechignes toujours à te déclarer DJ ?

K : Pour moi être DJ ne veut plus rien dire aujourd’hui, tout le monde se dit DJ sans même savoir enchainer deux disques ou connaître la musique. Aujourd’hui c’est les « DJs chicha » qui marchent le mieux , les patrons de boite ne paient plus les DJ et des DJ mixent pour des sommes dérisoires, surtout sur Paris, sensée être la ville des sorties et de la fête. Pour moi les DJ ont tué les Deejays ! Moi je tourne peut-être moins que certains mais quand je mixe quelque part c’est que ça en vaut la peine et que je suis respecté pour mon taf, sinon je reste chez moi.

 

B : Avec Internet, il n’a plus ce rôle de faire découvrir les nouveautés, les exclus, d’après toi, la passage de DJ à beatmaker est l’étape obligatoire ?

K : Je ne l’ai pas calculé comme ça, c’est venu naturellement et j’ai kiffé de suite. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui c’est important de produire sa musique, t’auras plus de facilité à te démarquer en tant que producteur que DJ . Tous les DJs qui cartonnent dans le monde entier sont des producteurs. Après, tous les DJs ne deviennent pas producteurs, il faut avoir de la patience et de la créativité, c’est un autre métier.

 

 

B : D’ailleurs comment s’est faite la transition pour ta part ?

K : J’ai commencé avec des bootlegs de morceaux sur des mixtapes que je faisais à l’époque, puis je faisais poser des artistes comme Billy Bats sur des faces B, jusqu’à commencer à produire mes propres instrus sur ProTools et Reason.

 

B : Quels ont été tes premiers placements et aujourd’hui comment se font tes connexions avec les artistes ?

K : J’ai fait mes armes en tant que beatmaker avec Billy Bats (le frère de Dadoo) avec lequel j’ai enregistré tous les jours pendant des années, de là est sorti un morceau qui s’appelle «Le Sud le fait Mieux». Don Choa de la Fonky Family avait kiffé sur ce morceau et voulait le prendre pour son album solo «Jungle de Béton» en 2006 . Il a appelé Soprano et on a fait une nouvelle version. J’ai placé 6 prods sur son album, et dans la même année, Dadoo, qui réalisait le premier album de JoeyStarr «Gare au Jaguarr», m’a appelé pour faire écouter mes prods au studio Polygone. Il en a retenu une qui est devenu «Cigarette Piégée». C’étaient mes premiers placements de prods pour des artistes confirmés.
Je bosse au feeling avec les artistes, c’est super important pour qu’il y ait la magie dans le studio.

 

 

B : Au niveau du matos, par quelles configurations es-tu passé ?

K : J’ai commencé sur ProTools et Reason, ensuite j’ai acheté un synthé Virus toujours sur ProTools et depuis quelques années je suis sur Ableton Live avec pas mal de VST et Plugs .

 

B : Pour refaire un parallèle avec ton passé, après avoir vu quelques extraits de tes combats et entendu tes sons, je sens qu’il y a une certaine « grosse patate » qui se dégage à chaque fois, dans tous les cas faut que ça cogne sec ? Comment tu qualifierais ta musique ?

K : J’avoue aimer quand c’est lourd mais pas que, j’ai des sons plus doux, mélancoliques. Tout dépend de la vibe dans laquelle je suis au moment où je compose. Je sais pas comment je qualifierai ma musique, mais je pars du principe que la musique que tu fais est une partie de ta personnalité, tout le monde est différent donc à partir de là chacun peut et doit avoir sa touche. Les gens ne le savent peut-être pas mais quand je fais écouter mes sons, c’est comme si je me livrais un peu à eux, parfois je ne suis pas forcément à l’aise .

 

B : Tu es très éclectique musicalement, du rap pur et dur, au dancehall, en passant par du R’n’B ou de l’electro mais aussi la chanson française, c’est important de pouvoir changer d’ambiance tout en gardant sa touche ?

K : Effectivement, je pense que quand tu fais de la musique par passion peu importe le style que tu vas faire, on reconnaitra ta touche parce que c’est «toi». Et au contraire, quelqu’un qui fait ça par business n’aura pas sa touche et ressemblera à tout le monde, juste pour essayer d’en vendre un maximum. Quand t’es passionné, tu fais ça juste pour toi et si ça plait aux autres c’est du bonus.

 

 

B : Ce que j’ai remarqué, c’est que tu officies aussi bien en tant que compositeur pour des artistes mais tu bosses aussi en ton nom sur différents sons, tu mets un point d’honneur à exister par toi-même ?

K : Comme je te disais je fais du son par passion et pour moi en priorité. Diam’s disait que j’étais trop « Cainri » quand JoeyStarr lui demandait d’écouter ce que je faisais. Rohff me disait que mon son était fait pour Lil Wayne, je prends ça comme des compliments. Les artistes français sont trop frileux et beaucoup ont peur de décevoir leur public ou de ne pas être à la hauteur de la prod. J’ai plus de 450 beats dans mon ordi et je kiffe toujours autant faire du son qui ne verra peut-être jamais le jour, mais pour moi le contrat est rempli quand je m’ambiance tout seul dans mon studio, comme tu as pu le voir sur mon Périscope.

 

 

B : Dans une interview d’un confrère, tu parlais du non-respect envers les producteurs que ce soit de la part du public ou des rappeurs même, est-ce que la situation a tendance a évoluer selon toi ?

K : La situation change doucement parce que certains producteurs comme moi essaient de s’imposer, d’être visible dans les clips, faire en sorte que notre nom soit relayé mais c’est pas gagné. On dit qu’on a 20 ans de retard avec L’Amérique donc on verra avec le temps.

 

B : Tu trouves pas ça paradoxal, le fait que tout le monde ait un avis sur la prod de tel ou tel son, mais peu de gens cherchent à savoir qui produit quoi ?

K : Si un peu mais c’est humain. Ce n’est pas dans la culture française, les gens ne calculent pas trop les producteurs à l’inverse des États-Unis où ils vont justement écouter un son parce que c’est produit par un Dr Dre, Timbaland, London On Da Track ou Mustard par exemple. Après c’est compliqué en tant que producteur d’imposer une prod quand les artistes choisissent toujours le même style de sons.

 

 

B : Tu gardes toujours une certaine distance dans tes relations avec les rappeurs ?

K : Je garde une distance avec tout le monde dans le milieu de la musique. C’est un milieu qui est à l’inverse de ma personnalité, donc si je veux continuer à produire des choses intéressantes, il vaut mieux que je reste dans mon coin à faire ma musique. Pour moi le rap c’est la MJC, il y en a beaucoup qui n’ont rien à faire là, rappeurs comme managers. Moi je produis ce que je valide. Si t’es bidon ou que tu rappes à l’envers, je ne bosserai pas avec toi même si tu es le fils de Hollande ! C’est à nous de bloquer les artistes bidons et au contraire booster ceux qui le méritent. Il y aurait peut être moins de pollution dans notre musique.

 

B : Comme le dit ton morceau qui est devenu hommage à Bushy, paix à son âme, « Le Sud le fait encore mieux », en quoi tu penses que le Sud voire Toulouse a « son truc » ?

K : Je ne pense pas que Toulouse ait un truc différent des autres villes, c’est juste un morceau de rap qui représente son coin comme des morceaux qui ont été fait pour représenter le 93, 94Marseille, MTP… c’est juste un game, t’es pas meilleur parce que tu viens de telle ou telle ville.

 

 

B : Où en est le projet que tu bosses depuis quelques temps mélangeant plusieurs styles musicaux ? « Bouteille de Rhum » en est extrait ?

K : Oui « Bouteille de Rhum » en était l’extrait mais j’ai été pillé par des artistes ! (Rires) Donc des morceaux ont atterri dans différents projets en cours. Pour l’instant c’est en stand-by et je ne te cache pas que les artistes commencent sérieusement à me fatiguer avec leurs égos et leurs petites guéguerres !

 

B : Et sinon pour 2016, sur quelles galettes ou avec quels artistes on pourra se manger les low-kicks de Kimfu ?

K : Sur le prochain projet d’ Ol’Kainry  « Superman Noir » qui sort le 1er avril, le prochain album de Lord Kossity dont le morceau « Thug Party » en est l’extrait. Le retour de Don Choa avec son album, un projet international avec Deenyz une chanteuse malgache très talentueuse qui a gagné « Africa’s Got talent » . Et d’autres projets sur lesquels j’attends encore des confirmations.

 

B : Merci pour cette interview et à très vite sur BeatzMaking.

 

N’hésitez pas à suivre Kimfu sur Twitter, Instagram, Facebook, Soundcloud et Périscope.

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