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Madizm – Interview BeatzMaking

C’est le retour des interviews exclusives BeatzMaking . Aujourd’hui, c’est Madizm qui s’est prêté au jeu. On revient sur tout, et quand je dis tout c’est TOUT ! Ses débuts, ses déboires, ses débauches sans langue de bois avec en prime une tonne de liens cliquables ! (Ré) Éduquez-vous  !

 

BeatzMaking : Bonjour Madizm, merci pour cette interview.

Pour commencer, je suis obligé de te demander un peu ton parcours, parce que tu sais, on a des jeunes qui viennent sur le site et qui n’ont pas forcément toutes les références te concernant voire même certains qui ne te connaissent pas !  Tu peux nous retracer un peu ton historique ?

 

Madizm : C’est de bonne guerre ! Je vais essayer de faire court. Le pitch c’est un gamin de 12 ans qui écoutait de la House et Jean-Michel Jarre, qui démonte tous les appareils électroniques et qui se fait happer par Public Enemy, Run-DMC, Kool G Rap, etc…

A partir de là, j’ai bloqué sur le DJing, fasciné que j’étais par le scratching (DJ Scratch d’EPMD et Steve D m’ont secoué). Il fût une époque où tous les acteurs ou presque du rap français se retrouvaient dans des magasins type Ticaret, LTD, Sound Record, etc…J’y ai fait mes armes et dépensé ma fortune. J’ai même bossé en tant que vendeur à Sound Record pour un stage ! J’ai rencontré beaucoup de gens grâce aux connexions qui existaient autour des vinyles. Le marché du vinyle et le marché du Hip-Hop étaient très liés en ce temps. J’ai fait mes premières soirées dans le nord de Paname avec des Dee Nasty, DJ Abdel (qui passait souvent à Ticaret où j’ai également bossé en tant que vendeur/DJ) puis j’ai rencontré DJ Goldfingers. J’ai fait pas mal de soirées avec lui, notamment au Néo à Châtelet. On y faisait un truc assez novateur pour l’époque : un open mic en pleine soirée. Busta Flex venait souvent et mettait des gifles en freestyle les mercredis soir quand on y était. J’ai donc rencontré Busta de cette façon. Puis j’ai rencontré Shen. Puis j’ai placé une musique ou 2 sur l’album de Busta Flex. Puis 2 ou 3 sur NTM. Puis sur Zoxea avec son premier album. Puis sur Salif, puis sur le reste du rap FR de l’époque (FF, Lino, Sages Po, etc…). Après la création de IV My People, je suis devenu le « producteur-maison » de la boîte. J’y ai produit quasiment tout ce qui est sorti à quelques exception près.

 

 

De 2000 à 2005 en gros. Puis en 2006 j’ai monté 707 TEAM suite à la chute précipitée de IV My People. Je suis devenu éditeur par la même occasion. J’ai essayé de produire des gens dont j’aimais la musique et dont je pensais qu’ils pourraient devenir des acteurs importants, tout en continuant à alimenter le terrain avec des beats à droite à gauche (Sat, James Izmad, Youssoupha, etc…). J’ai signé Nubi avec l’aide de Khaled aka KaySlay du 93. Puis j’ai vite lâché l’affaire dès que j’ai vu le souci que c’était de produire un rappeur en France. Problème venant de moi car je ne suis pas très patient et problème culturel des rappeurs qui se comportent plus comme des divas du divan qu’autre chose.

En 2009 j’avais fait un score de film qui n’avait pas trop mal marché malgré le niveau catastrophique du film (« Dans Tes Rêves ») Je faisais des génériques pour la télé aussi (Canal +, le générique des sports en clair, c’est bibi). Des supports publicitaires (Schweppes entre autres). J’étais arrivé à un niveau acceptable pour la plupart mais il se trouve que je m’emmerdais quand même. Le milieu français s’embourgeoisait. Mon associé faisait n’importe quoi en produisant n’importe qui. Personne ne suivait la vague Internet. Ils se contentaient tous de manger les miettes. Étant marié avec une citoyenne américaine, je suis parti avec toutes mes affaires aux USA pour faire quelque chose que j’avais voulu faire plus jeune. M’établir un peu là-bas. Bosser en studio. J’avais également des raisons personnelles de partir (health related…pas moi !). Je suis donc parti sans trop réfléchir et j’ai couplé ma vie de studio avec les couloirs d’hôpitaux à Los Angeles. J’ai fait Chicago. New-York. Philly. Dallas. J’ai bossé avec des Bun-B, The Game, Sean Price (RIP), et plein de mecs underground, ce qui me permettait de rester financièrement stable (car l’homo americanus paye mieux que son compère français).

Et puis la vie m’a rattrapé. Accident de la route. Retour en France. Buttes-Chaumont. Hôpital Rothschild. Neurologie. 1 an de remise en forme après un coma de courte durée. Je laisse les affaires et la musique pendant un moment et je reviens à moi vers 2011 et je reprends vraiment mes activités en signant chez Warner Chappell en édition. Sans associé. Sans manager. Sans label. Et je me repositionne sur l’échiquier mais pas forcément dans les mêmes positions qu’auparavant. Je gère un studio d’enregistrement. Je fais du mix. De la réalisation. Du ghost-producing. Mais tout à mon compte. Sans affiliation ni drapeau. A l’heure où je te parle je m’apprête à re-signer un contrat d’édition mais sinon hamdoulilah tout va bien…

 

 

B : Le public t’a surtout associé à 4 My People et à l’époque ton nom était quasiment indissociable de Sec.Undo, est ce qu’on peut en parler ou c’est un sujet tabou top secret défense ?

 

M : (Rires) Il n’y a rien de secret ni de position de défense. Même si c’est vrai que peu de gens ont des infos là-dessus. Je vais essayer de ne froisser personne mais ça va être dur…lol.

Si tu regardes bien les crédits de l’album d’NTM ou de Zoxea par exemple, tu verras que j’y apparais seul. Puis après « Certifié Conforme » tu as vu Madizm & Sec.Undo. Et ensuite depuis 2011, tout ce que tu vois est à nouveau à mon nom seul. Pour faire court, une sombre histoire de dette m’a amené à partager des points d’édition et des crédits. Puis l’exception est devenue une habitude. J’ai produit 95% des beats qui sont sortis sous nos 2 noms. Peut-être plus. Ce binôme n’aurait jamais dû exister en fait. C’est le résultat de ma gentillesse et du fait que je n’avais pas trop le choix car il était proche d’un des fondateurs de 4MP qui voulait absolument que je bosse avec lui. Ce que j’ai fait. Je l’ai amené dans mes spots à NY. On achetait des disques ensemble. Je lui ai montré les secrets de la MPC mais malgré cela c’est souvent mes beats qui partaient sur les albums. En 2006, Quand IV My People a cessé, de sombres histoires personnelles l’ont amené à créer une boîte (707 TEAM) avec moi. Je passais 100% de mon temps en studio à composer. Son travail était ailleurs. Plus dans le « business side » comme on dit. Avec le recul je pense qu’autant lui que moi n’avions pas envie de faire cette boîte. Ça a duré le peu de temps que ça a duré, c’est-à-dire le temps que soient dépensées les liquidités n’importe comment. Que ce soit en produisant des chanteurs r&b perdus, en payant pour des mixs de morceaux qui ne sortaient pas, etc…C’est pour ça que le naturel a repris le dessus. Je travaille seul et ne m’associe qu’au cas par cas de nos jours. J’ai commencé dans une histoire de groupe qui s’est barrée en couille au bout de 5 ans mais dans des proportions qu’on ne peut pas aborder ici… (rires). Ensuite j’ai voulu réduire les problèmes en faisant un binôme, mais là encore ça s’est barré en couille. Au final je me blâme moi-même. La seule constante dans ces histoires c’est moi. Donc je dois être le problème. Que veux-tu ? Certains sont fait pour s’associer, d’autres non. C’est pareil dans la savane. Je ne regrette rien de cette époque, mais pour info, tous les binômes de producteurs de rap français (hormis 2 frères du 93 qui se reconnaîtront) sont des arnaques. Y’a toujours un esclave qui fait tout et un autre (le plus gros des 2 en général) qui faisait la parlote…(rires) ! Je plaisante n’allez pas lister tous les producteurs en binômes pour me prouver le contraire, merci !

 

 

B : Au niveau du matos, je sais que tu as bossé avec une SP1200 à une époque, j’ai vu que dans ton antre il y avait des synthés style Virus, de la Maschine, du software…Quelle a été l’évolution de ton équipement ?

 

M : En fait j’ai 2 types de labos et le set up sera différent. Je compose les bases sur un PC. A la maison. Avec rien. Un FL Studio. Logic. Ableton. Des VSTs. Très peu de hardware. Des disques durs. Et puis y’a la construction du track. Le studio. C’est du Mac et du Pro Tools. Du hardware pour les effets mais aussi pour rajouter les nappes de refrains, les intros…La première étape me donne les bases du morceau. Le studio me permet de le transformer en track de fou. Si possible. Beaucoup de tracks reste au stade 1 de l’évolution d’une musique…Dans les archives. J’aime le hardware à mort mais je déteste la programmation. Je n’utilise pas le MIDI. Depuis sa création (rires). Mais je fais de l’audio en live 9 fois sur 10. Sans grille souvent. A la volée. Certains deviennent fou quand ils savent ça (moment #nerd). Les beats, je les tape encore à la MPC parfois. Sinon en step-to-step je suis devenu imbattable…Je cherche toujours des breaks de drums dans des anciens disques, sauf que c’est des WAV de rip perso…je n’ai plus de poussière sous les ongles. À mon grand regret.

Plus qu’une évolution il y a eu une révolution. Certains font tout pour recréer un home studio proche de ce qu’on avait à l’époque (pads, samples, etc…) mais là n’est pas le problème. Même Primo ne refait pas du Primo en 2016. Les gens ont changé. Les oreilles et les porte-monnaies aussi. Les conséquences de l’embourgeoisement. J’étais heureux au milieu de SSL, de partitionistes, de chefs d’orchestre, ce qui était bourgeois en soit ! Il fallait faire des sacrifices pour arriver dans ces endroits magiques. Mais le prix à payer est devenu insupportable. Je ne dirai pas que j’ai évolué. Je me suis adapté. C’est tout.

J’ai essayé Maschine mais j’ai tout revendu. Je ne me sens à l’aise qu’avec un set up léger et un maximum de banques de sons. Les machines ne sont pas déterminantes. Les banques de sons oui ! La compétition dans le matos c’est un truc de bourgeois encore !!!

Quand on achetait une SP1200 ce n’était pas pour flamber crois-moi ! Personne ne savait vraiment d’en servir. J’ai été un des seuls à sortir des beats 100% SP1200 à l’époque. 8 bits ! C’était ça le challenge. Du culot. Aujourd’hui le culot est dans les archives. Avec les caisses claires bien claquantes. On a ressorti les hand claps et les snaps. C’est technique, mais je savais qu’on finirait mal, sous-entendu : stérilisés ! Mettre un claquement de doigt en guise de caisse claire (merci Moutarde !) je savais que ça allait aiguiser les esprits et qu’on allait finir avec des Luther Vandross du Languedoc ! On vient d’un mouvement qui aimait la rythmique. Les beats qui cognent. Les caisses claires sales. Uniques. Et on a fini avec des claps de mains d’enfant et des VST Bontempi ! Merde !

 

 

B : Tu es plutôt réputé pour des prods avec du sample en mode très NYC mais tu as toujours su évoluer avec ton temps, qu’est-ce que tu dirais à ceux qui pensent que les prods c’était mieux avant ?

 

M : Le game était mieux avant. Pas forcément les prods. D’ailleurs elles sonnent souvent mieux aujourd’hui.

Je leur dirai déjà que les rappeurs ont changé et sont devenus des clones. Sauf Gucci !

Ils clonent les beats de leurs artistes favoris. Donc ça finit mal. Je fais toujours de la découpe, du beat grimey comme à l’époque. Mais pour le plaisir. Pas plus tard que la semaine dernière on m’a dit « pas une prod à la tah Despo Rutti » !! Donc tu vois il faut savoir jongler. On est devenu des équilibristes.

Avant on avait une liberté qu’on nous a confisqué. On se doit de ressembler un minimum à London, Metro, Southside, TM88, Boi-1Da, etc…tout comme à l’époque on devait se conformer à utiliser des samples à la Mobb Deep, à la Wu-Tang, à la Erick Sermon, etc. Chaque époque avait ses problèmes.

Mêmes si des carrières ont démarré en pompant les caisses claires de Primo (Salut la France !) tu ne pouvais pas trop sonner « comme … ». Tu te faisais trucider à l’écoute. Et le rappeur ne voulait pas d’un son qui ressemble trop à un autre sorti avant.

Aujourd’hui le game c’est de ressembler le plus possible à celui que t’as écouté la veille sans que les gars te disent « oh djo, tu vas trop loin là, c’est le son à untel et le flow à untel ». On fait de la reproduction. Même si on ne veut pas. On voudrait mettre une autre cymbale. Une autre caisse claire. Mais personne n’a plus les couilles. Sauf en indé, sous-entendu quand t’as un taf ou une source de revenus à côté. Mais quand t’as besoin de la rap money parce que tu n’as pas la family money, tu prends les caisses claires de XXX et tu les ressers à volonté. Avec un entonnoir s’il faut.

Savoir si mes prods étaient mieux avant c’est un débat qui ne m’appartient pas. Perso je préfère ce que je fais maintenant. Je n’arrive à réécouter que Zoxea et Salif…Mais sinon c’était assez laborieux de mon point vu. Je n’ai pas souvent réussi ce que je voulais faire. Maintenant j’arrive à faire ce que je veux. Malheureusement il ne reste plus beaucoup de personnalités intéressantes avec qui je serai content de partager du temps en studio…une dizaine tout au plus. Heureusement j’en connais 10 ! Ça va me permettre de tenir les quelques années qu’il me reste dans ce biz de fou.

 

B : Dans une interview d’il y a quelques années tu disais qu’un bon producteur, il sait viser et il sait tirer, dans le sens où il doit savoir transmettre l’émotion qu’il veut à l’auditeur, que ce soit, la joie, la tristesse, la peur… tu penses que ça s’applique à beaucoup de producteurs du moment ?

 

M : Non on a changé de monde entre temps… Tout comme on disait « the game never changes, only the players » le game a changé. Pour tout le monde, à tous les niveaux. L’homme étant un animal qui s’adapte à son environnement, on s’est adapté. Certains ont lâché l’affaire. D’autres sont venus se greffer au jeu. Le turn over a eu lieu mais les lois ont changé aussi. Un bon beatmaker doit toujours savoir viser juste s’il veut survivre. Mais les cibles ont changé. Les armes aussi. De ce fait, il est possible de bluffer. Le fait que le rap soit devenu très conformiste ne t’oblige pas à varier ta palette comme c’était le cas à l’époque. Les exigences étaient différentes. De nos jours on ne produit plus vraiment, on reproduit comme je l’ai dit.

La nuance est subtile mais en vrai elle est énorme ! Certains ont encore l’envie ou l’idée de faire autrement, autre chose. J’en parlais avec Hayce Lemsi récemment. Une grande majorité ne cherche qu’à faire « comme »… Les exigences ne sont plus les mêmes. Tu te prenais vite une pile LR3 dans gueule en plein concert si tu étais faible. Aujourd’hui un « faible » peut être certifié Or à la SNEP. Alors les producteurs du moment n’ont plus les mêmes efforts à faire. Même les Pharell & co devait avoir un son. Une signature. Aujourd’hui si il sort un son « urbain » il va faire un type beat de 808 Mafia et basta…

Plus sérieusement, je vais essayer de remettre un peu de « musique » dans ma musique avec certaines participations à venir. Notamment Zoxea. Qui lui est un amoureux de la musique. Pas des lunettes et du charbon kiwi-menthe. Avec Sofiane aussi, qui est sûrement un des plus gros monstres du rap français en activité. Il me rappelle Salif à plein de niveau ce fou. Il le sait. Je prie pour qu’il ne lui arrive pas le même sort et que les gens passent à côté et regrette son départ une fois qu’il aura tourné le dos à ce biz ingrat.

 

 

 

B : Tu disais aussi à propos de ta musique que si tu la faisais en restant dans ton délire de base, elle serait livrée avec un flingue et une balle, depuis tu as montré une certaine versatilité mais est-ce que tu fais des rechutes ?

 

M : (Rires) Bien vu t’es un bon toi ! Enfin un mec qui me connaît un peu !

Je suis en rechute totale constamment ! Mais des fois je ne sais pas quelle forme lui donner. En musique, il ne faut pas trop réfléchir, c’est castrateur. Tu perds tes couilles. Avec le temps j’avais un peu perdu ce qui faisait ma personne (je ne parle que d’identité musicale hein !). A force d’être tiraillé entre ce que tu aimes et ce que tu dois faire pour exister, tu finis par te perdre. Tous les beatmakers ont eu cette période (pour peu qu’ils durent plus de 5 ans dans le métier). J’ai repris mes couilles quand j’ai arrêté d’écouter le rappeur et ses exigences. Ça en a frustré plus d’un. J’ai souvent été mal perçu à cause de mes remarques. Mais au final j’avais rarement tort. Une chanteuse qui te demande « un truc à la Timbaland ? » Tu n’es pas Missy ! Salut ! Un rappeur qui veut « un beat à la Mike Will ? » Tu n’es pas Gucci ! Salut ! Et donc tu te remets à faire la musique qui convient à la personne que tu as en face de toi. Et la musique redevient bonne parce que tu respectes certaines lois de la Nature.

Mon problème à la base c’est que je n’aimais que les trucs tristes et sombres. Ou flippant et glauques. La vie est triste donc j’aimais les musiques tristes. Ce n’est pas ma faute ! Et ça limite tes beats. Demande à Alchemist. Il m’a été très dur de sortir de ce carcan. Quand je me suis ouvert j’ai fini avec Clara Morgane !! Donc il fallait que je me repositionne. Ça a mis du temps. Mais aujourd’hui je suis à l’aise. Le fait d’avoir réalisé des albums m’a beaucoup aidé. Je peux vraiment « aider » un artiste à aller là où il veut aujourd’hui. Lui dire comment. Avec quelle musique. La faire. Lui dire où il se plante. Pourquoi. Et on peut construire. C’est la base de tout. Construire ensemble.

Le fait que le rap français soit si pauvre en terme de sonorités vient de là. Les mecs ne bossent plus ensemble. Ça s’envoie des beats par e-mail, ça enregistre de son côté. Souvent avec des yes-men autour de toi qui flattent toujours ton ego et ne remettent jamais ton 16 mesures en question.

Quand j’ai fini mon taf et que je fais de la musique pour le plaisir, c’est soit guerrier, soit triste. Un peu à l’image du monde tel que je le vois. Les larmes et le sang. J’essaye de me rappeler qu’il y a des gosses qui gravitent autour. Que la vie n’est pas toujours si dégueulasse. J’ai des tonnes de bons souvenirs pour m’aider à ça. J’ai financé mes rêves et réalisé certains donc je ne suis pas à plaindre. Mais la rechute guette toujours !!!

 

B : Quand on parle des grosses têtes du beatmaking historique en France, en général ton nom sort parmi 3 ou 4 pas plus. Est-ce que tu penses que ça va évoluer ou les producteurs seront à vie des hommes de l’ombre ici ?

 

M : Cette question revient dans toutes les interviews que j’ai faites depuis 2005. Ça changerait si on avait des couilles, donc cela ne changera pas. Je pense qu’on est voué à rester dans l’ombre. Et même je te dirai que ce n’est pas une mauvaise chose. Les spotlights ce n’est pas fait pour tout le monde. Les gens qui cherchent la lumière deviennent rappeurs, pas beatmakers. Ce n’est pas pour rien. Si on doit juste porter une barbe de hipster, des jeans trop serrés et des lunettes plus grosses que ta tête pour exister en tant que producteur, je pense que cela ne sert à rien si ce n’est qu’à satisfaire ton égo. Notre vie se passe en sous-sol, dans l’ombre, derrière les portes fermées. On a déjà tout ouvert. Instagram et Twitter te permettent de savoir où on est, comment on bosse, avec qui, quand, etc.…L’ombre c’est pas mal pour composer. Pour penser son délire au lieu d’improviser sa vie. On voit toujours cette « ombre » comme un problème, mais en vrai elle m’a toujours servie.

Et de toute façon, si ce n’est pas le complexe d’infériorité qui pousse un beatmaker à se mettre « en-dessous » du rappeur, c’est l’égo surdimensionné du rappeur qui mettra le beatmaker au second plan. La nature humaine. Combien de fois j’ai vu un rappeur blâmer son beatmaker pour expliquer son échec. Et combien de fois j’ai vu un rappeur ne pas « remercier » correctement son beatmaker pour lui avoir permis de péter le million. Que ce soit de vues, d’euros ou de putes. Quoiqu’il en soit, on est toujours derrière. Alors autant y rester et se construire en fonction. Je n’ai connu AUCUN beatmaker qui soit devenu meilleur au contact des projecteurs et de la célébrité exacerbée. Ils se ramollissent ou « s’encocaïnent » même ! Il faut se concentrer sur l’essentiel…la musique.

 

 

B : Pour être super original je vais te demander quels producteurs t’ont le plus influencé ? Et aujourd’hui qui trouve grâce à tes yeux ? Que ce soit en France ou aux États-Unis.

 

M : Le plus influencé ce n’est pas facile ils sont nombreux…Le Bomb Squad, Pete Rock, Beatminerz, Beatnuts et tant d’autres (DITC, Muggs, Erick Sermon, K-Def…)

En France je ne considère pas que quelqu’un m’ait influencé, sans prétention, mais par contre certains m’ont motivé car ils étaient soit des génies à leur façon, soit des monstres de taf pour l’époque. Je pense à Jimmy Jay, Imhotep, DJ S, Clyde, Lucien

Ceux qui trouvent grâce à mes yeux sont nombreux aussi. Aux USA, la liste est trop longue mais je vais essayer de me prêter à l’exercice. Boi-1da c’est un bon avec ses gars. Il sait viser juste. Mike Will c’est un ouf aussi. Son taf sur les sub c’est proche du génie. Il a créé une façon de faire que beaucoup ont suivie. TM88 aussi. Un vrai guedin comme j’aime. Les producteurs pompent même ses signatures ! Metro Boomin il maîtrise les arpèges et j’aime bien ses rythmiques. Il a laissé son empreinte aussi. Perso y’a un petit qui me rend dingue depuis ses débuts c’est Childish Major. Un génie. Comme Hit-Boy, un autre génie dans les basses analogiques et les rythmiques. Il est également très fort pour rebosser des samples qu’on connait par cœur. Y’a le beatmaker de Tory Lanez, Play Picasso, qui est extrêmement chaud aussi. Il manie les samples et les claviers à merveille. Cardo, un boss. Rythmiques impec et claviers trop bien mixés. Sounwave, un des producteurs de Schoolboy Q. Un monstre. Il suffit d’écouter « Ride Out » avec Vince Staples pour s’en convaincre. Mike and Keys, les mecs qui bossent avec Nipsey Hussle. C’est mon type de son ça. Très actuel mais très musical. Y’a un duo d’ATL qui s’appelle FKi. Je check toujours leurs productions. Ils me rappellent un peu Cool & Dre. Mais j’aime aussi Skrillex, Diplo et DJ Snake pour leur taf de studio. C’est des monstres de taf et ils s’amusent en même temps. Je ne peux pas leur jeter la pierre. Au contraire.

Chez les anciens, DJ Quik est toujours là. Just Blaze quand il sort un truc. !llmind est toujours là. En terme de producteur à sample, c’est sûrement le meilleur. Trop d’idée le bonhomme. Harry Fraud et araabMUZIK sont toujours en rotation.

En France y’a peu d’anciens encore dans la course et « relevant » comme on dit. Mais y’a plein de plus jeunes qui font le taf et bien même ! Je pense à Frencizzle, à DJ Weedim et son équipe, à Zekwe, à Yoroglyphe, à SmokyBeatz, Guilty… Ils sont pleins si tu creuses un peu. Mais pas tant que ça si t’as des standards et du goût. En plus installé y’a Mani Deïz, Pandemik Muzik et encore d’autres…

 

 

B : Est-ce que dans tout ton catalogue tu as une prod qui selon toi sort du lot ? (Ouais je sais ya un paquet d’années à se remémorer !)

 

M : Disons que je peux te dire de laquelle je suis la plus fière mais c’est à cause de l’exploit que cela représentait à l’époque. C’est « Chacun sa voie » de Zoxea. Pourquoi ? Parce que je l’ai usiné en 1998 et que c’est la première fois que j’arrivais à battre les cainris sur la course aux samples qu’on se livrait virtuellement à l’époque. Cette guerre se passait dans les magasins de skeuds de Paris à New-York. Juju des Beatnuts venait acheter ici parfois. D’où sa collection de librairies musicales française qui ont transpiré dans tout le catalogue des Beatnuts. Bref moi de mon côté j’étais dans mon époque CTI, un label que les vieux diggers connaissent bien. Et j’avais chopé du Chick Corea et du Gary Burton.

Corea parce que ses albums regorgeaient de notes de pianos isolées. Et Gary Burton parce que Cypress Hill venait de tuer un sample de ce bonhomme et que ça sentait bon la loop qui tue. Un peu comme Cal Tjader (Dédicace à Melo et Zozo).

J’avais toujours la SP1200. Les 2 problèmes majeurs de l’époque c’était le sample et le beat. J’avais les samples. Une fusion de 2 morceaux des artistes précités. Le beat, j’ai réussi à obtenir les sons d’origine de la Linn Drum pour recréer le kit qui a fait les beaux jours de Mario Winans et tant d’autres. Pour info le premier à l’avoir tué c’était Erick Sermon. LE MONDE ENTIER l’a samplé. Même Primo sur « Mass Appeal » ! Moi j’avais réussi à recréer à peu près la même sonorité en passant ma disquette magique à la SP1200. J’ai utilisé un sampleur pour rentrer les échantillons plus longs car la SP était limitée. Et j’ai sorti le beat de « Chacun Sa Voie » à une époque où les morceaux originaux en question n’avaient JAMAIS été samplés par des cainris. C’était une fierté pour les nerds comme moi à l’époque ! Et c’est ce qui fait que je suis aussi fier de ce beat.

 

 

B : Et est ce qu’il y a une prod faite par quelqu’un d’autre que tu aurais aimé faire ? Qu’est-ce qu’elle a de particulier ?

 

M : Plein. J’ai eu ce genre de réaction à l’époque magique de Primo quand il a fait « Boom » et « Nas Is Like ». 2 sons qui pourraient définir le rap. Ces 2 sons sont particuliers parce qu’ils ont servi à démarrer la carrière de nombreux beatmaker français et US (rires). La découpe des samples aussi. Même si PERSONNE n’est parvenu à l’égaler dans la découpe, certains ont essayé, et se sont cassés les dents.

Il y a eu « Killer In Me » par Nottz pour Krumbsnatcha. Parce que je lui ai parlé sur MySpace en 1854 !! Puis sur Twitter. Et qu’il n’a JAMAIS voulu me dire d’où venait le sample de violon vu qu’il ne l’a pas déclaré !!! Un must cette prod. D’ailleurs le kit de batterie est libre sur l’instrumental et il a servi à de nombreux producteurs de renoms (chuuuuut).

« One Love » de Nas. Parce que je kiffais l’original et j’ai pleuré ma race quand j’ai entendu les notes de xylo !

Plus récemment il y a « The Blacker The Berry » de Boi-1da, « UOENO » de Childish Major, « 2 Pac » le beat de Nard & B qu’ils ont fait pour Future, « N***as In Paris » de Hit Boy (d’ailleurs le thème est un preset de Big Fish Audio à la base, ndlr) , « Halftime » de Kip Hilson (le petit frère de Keri Hilson) pour Young Thug. Ce beat me rappelle « Tried By 12 », un morceau anthologique que seuls les anciens connaissent !

 

B : Tu fais beaucoup de remixes, en général tu remixes des sons dont tu as kiffé la prod de base ou c’est justement parce que tu penses que la musique n’était pas à la hauteur du morceau ?

 

M : Ce n’est JAMAIS parce que la musique n’était pas à la hauteur. Il y a plusieurs possibilités. Soit je connais le gars personnellement et je lui ai demandé l’acapella parce que j’aime son titre et que je voudrais donner ma version. Soit j’ai kiffé le morceau à un point où je vais chercher à joindre le mec par réseau social ou connexion commune (ce qu’on appelle les « plugs » maintenant, terme qui à la base désigne le fournisseur de sauce !!!). Soit j’ai eu l’acapella par un DJ Pool et je veux m’amuser avec. Mais c’est toujours parce que j’aime le titre que je le remixe. Musique y compris. J’aime bien proposer des choix c’est tout. A l’époque quand Pete Rock & CL Smooth sortait un single t’avais 2 ou 3 remixes qui tournaient. Des fois de Pete Rock lui-même. Des fois de Buckwild ou autre. C’est un jeu auquel je me prête toujours. Surtout depuis qu’il faut donner de la musique gratuite partout bande de pinces !

 

 

B : T’as déjà pensé à faire un tag pour mettre dans tes prods genre « Madizm on the track muthafuckin biaaaaatch !  » ?

 

M : Je voulais en faire un qui dit « suce ma beat » ouais… Non écoute j’ai jamais voulu. Même 10 ans en arrière quand t’avais A-A-A-A-A-Alchemist, ou Pri-Pri-Pri-Primo ! Si j’avais eu un Young Thug qui dit « Madizm dont trust you » je l’aurai gardé (rires). Mais là ce n’est pas nécessaire. Des fois je mets un bout de Hakim de Channel Live qui dit « It’s da Izm » ou « Maaaad Izm » de Buckshot mais c’est plus pour me faire plaisir qu’autre chose. La voix sauterait si le morceau sortait…Je laisse ça aux DJs et aux petits jeunes qui ont besoin qu’on les reconnaisse. Moi ça ne me dérange pas qu’on se demande qui a fait le beat…et ça me dérange pas de répondre.

 

B : Ces dernières années sont les années « type beats » qu’elle est ton regard là-dessus ? On est définitivement plus dans la production mais dans la reproduction ?

 

M : T’as vu j’ai dit la même chose plus haut sans savoir que tu allais me poser la question mot pour mot…Les grand esprits ! (Rires) … Écoute j’ai un avis évidemment mais moi-même je suis partagé sur le sujet. Je t’explique…

Depuis le début copier les tontons américains c’est notre truc aux beatmakers. Souvent les meilleurs beatmakers français ont été ceux qui réussissaient le mieux à copier le son d’un ou plusieurs producteurs US connus en faisant zerma « non tranquille c’est moi qui l’ai fait ». De plus notre petit jeu de cache-cache avec les rappeurs est sûrement ce qui a mené aux type beats d’aujourd’hui. Ce cache-cache je vais te le résumer : le rappeur veut un beat qui « sonne comme » Metro Boomin mais il ne veut pas le dire. Alors il te dirige vers cela sans le dire. Et toi tu acceptes sans le dire. Tu rentres et tu tapes un beat avec des patterns et des signatures qui vont rappeler le producteur en question. En 98 on faisait ça avec Primo ou autres. Y’a des carrières qui ont démarré comme ça. De nos jours c’est le même bordel. Sauf que la technologie nous permet de multiplier à l’infini en peu de temps un processus qui n’arrivait que peu de fois et qui prenait du temps. Les mêmes softs et les mêmes VST ont conduit aux mêmes façons de faire et à l’uniformisation de la musique. Le dernier DJ Khaled a les mêmes beat que le dernier Future ou le dernier DJ Drama ou le dernier Waka ou le dernier Travis Scott, etc…Il n’y a plus de surprises. Ce que fait Schoolboy Q c’est un travail d’utilité publique. Rien que le choix de ses beats lui donne assez de légitimité pour exister. Il cherche à varier l’histoire. À sa manière…Si tout le monde se contentait de ça…ajouter son grain de sel. Ce serait tolérable. Mais comme d’habitude on abuse. Les rappeurs abusent des type beats. Les producteurs abusent de la reproduction stérile. C’est flatteur pour personne en fait. Plus personne n’a les couilles d’aller à contre-courant et donc de créer des courants.

Mais vu de l’extérieur le concept de type beat peut être formateur. Ça peut permettre à un gamin de se perfectionner. De dominer ses défauts. De trouver d’autres idées. On faisait ça déjà en essayant de refaire les beats de nos producteurs préférés quand on tombait par hasard sur le sample qu’ils avaientt utilisé.

Mais si ça permet à un vétéran de subsister dans le game ou à un newcomer d’exister, c’est de la merde vos type beats. Point barre. PERSONNE ne peut et ne doit se contenter de se satisfaire de sonner comme quelqu’un d’autre. C’est haram. En théorie. Ça peut animer un blog de producteur mais c’est tout. Personne ne devrait rapper sur un beat qui ressemble à un autre note pour note.

Mais les gens en ont décidé autrement. Ainsi va la vie. J’espère que les choses changeront à terme. Qu’il y aura plus de « musique » dans la musique…un peu comme si je demandais plus de « foot » dans le football…et moins de commentateurs, de supporters zélés, de satellites qui tournent autour.

 

 

B : Timbaland a dit qu’il n’y avait plus de producteurs mais que des programmeurs !  Tu le vois comme ça aussi ?

 

M : Par la force des choses il a raison mais il a sa part de responsabilité aussi avec son clavier/Sampleur chez Open Labs !! HA ! Non plus sérieusement vu qu’on est tous converti au monde des ordinateurs, des softwares, du virtuel, on est devenu des programmeurs. C’était moins le cas avant car le monde du Hardware, de la MPC et des platines MKII te demandaient d’autres types de talents. Dont certains ne sont plus nécessaires aujourd’hui. Par exemple connaître la musique d’avant. Être social un minimum et avoir des connexions IRL. Acheter des vinyles. Analyser les autres. Avoir envie d’être différent. Aujourd’hui certains n’ont aucune formation en quoi que ce soit. Juste de bonne capacité d’analyse de base et une facilité avec les softs. Mais pas d’âme. Pas de profondeur. Pas d’ambition. Pas de plan d’attaque. Ce sont des victimes de la mode. Un soft à la mode. Des sappes à la mode. En vérité, à suivre tout le temps, que ce soient les modes ou les gens sur les réseaux sociaux, tu oublies que tu dois être « leader » dans ta tête. Tu deviens suiveur. Ça se ressent dans la musique. On ne fait que du recyclage. Sans ajout de matière première. Une fois que la source est morte il y a pénurie. C’est ce qu’on fait. Comme avec l’essence il y a quelques mois. Tout le monde se prend pour Gucci et aime Gucci depuis sa sortie. Tout le monde veut faire de la Trap mais personne ne se pose pour faire SA Trap et donc à 80% c’est de la merde en fichier.

J’ai essayé d’écouter du rap français pendant une journée et rattraper mon retard et je peux vous dire que ce n’est pas bien d’être aussi perdu et de « divertir » la jeunesse avec ce genre de délire les gars Je serais un gamin de 15 ans je ne voudrais pas leur ressembler ni faire ce qu’ils font…Moi ça va j’ai vu NTM écrit sur les murs, j’ai voulu vandaliser les murs. J’ai entendu « Red Black And Green » des Marseillais j’ai voulu produire. Mais de nos jours, si tu suis les 80% dont je t’ai parlé, tu vas finir avec un tuyau à chicha dans le cul, des lunettes de soleil en pleine nuit, des voitures de loc’, des sappes bien trop serrées, et des beats programmés par un copycat. Heureusement qu’il reste 20%. Pareto avait raison ! (Moment cours d’économie).

 

B : Beatmaker ou producteur, tu fais la distinction ?

 

M : On peut mais je n’aime ni l’un ni l’autre en fait. « Faiseur de beat » c’est très réducteur quand même. Mais c’est vrai que certains ne font que ça. Peu de taf en post-production comme on dit. On sent que certains passent 15 minutes sur les rythmiques crois-moi. Donc beatmaker c’est un peu la chrysalide. Le fœtus. Un producteur en devenir. Le premier stade. C’est là où tu peux faire une distinction. Le producteur a une vision d’ensemble du morceau. Il sait ce qu’il veut rajouter. Amplifier. Cacher. Il sait comment. Même pourquoi des fois…(rires). C’est un travail plus méticuleux de produire. La qualité doit être au rendez-vous. Mais c’est ténu parfois. Car certains beatmakers créent des hits planétaires sur un malentendu. Et ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas atteint le stade de producteur que rien ne peut arriver. Mais quand même.

Y’a un côté petit scarabée pour le beatmaker. Et lion a crinière dorée pour le producteur !! Même si justement certains producteurs se prennent trop pour des lions en studios alors que c’est des petits chats…

 

 

B : Dans l’interview avec OKLM tu as expliqué le délire de leasing très utilisé aux USA, tu penses qu’on arrivera à ça ici un jour ?

Tu penses que le ghost beatmaking peut être une façon pour les frenchies de se faire un pécule en marge des placements qu’ils peuvent faire ici ?

 

M : Non quasi-impossible. C’est culturel. Il faudrait considérer la musique autrement. Et changer le code de propriété intellectuel par la même occasion. Aux US le rappeur ne considère pas son beatmaker comme un individu lambda sur sa route pour la gloire. La considération qu’ils ont pour eux est différente. JAMAIS je n’ai PAS été payé pour tout ce que j’ai fait là-bas depuis 2005. Que ce soit à distance ou sur place. Le fait de pouvoir dire qu’ils t’ont payé est une fierté chez eux. Outre le bénéfice juridique.

Chez nous c’est le contraire. Le rappeur se fait très pressant quand il s’agit d’avoir la meilleure de tes prods, mais il est aux abonnés absents quand il faut rétribuer financièrement. Souvent des pinces. Voir des voleurs mais je ne citerai personne (même si des « affaires » ont récemment vu le grand jour !). S’ils étaient contents de payer, ne serait-ce que pour avoir une certaine qualité, ainsi qu’un service « après-vente » qui va avec, ce serait possible. Mais la fierté d’un français c’est de ne pas payer. D’esquiver la note. Taxi-basket…là c’est beat-basket. J’te prend un son et je disparais… Il faut savoir composer avec ça. J’ai appris. Mais niveau business c’est toujours aussi conformiste et conservateur en France. La « Macronisation » du rap français n’a pas eu lieu. Il faudrait peut-être créer un collectif qui s’appelle « En Marche » …je ne sais pas…

En tout cas la réalité est là. Selon une étude réalisée par IPSUS le montant des transactions financières concernant les beats en France pour 2015 a été de 6.581€ contre 2.953.487$ aux US !!! Le gâteau est très petit vois-tu (rires). C’est très compliqué pour un gamin de se lancer là-dedans en tant que métier. Je ne conseillerai pas à mon fils de le faire. Pas comme j’ai fait en tout cas. Pas comme un kamikaze. Avec un filet de sécurité peut-être.

 

B : On m’a beaucoup parlé de ce focus vidéo te concernant et pour avoir vu ou lu plusieurs interviews de toi, le truc frappant c’est ta gouaille, ton franc parler, tu as déjà pensé à faire du cinéma, de la TV quelque chose comme ça ?

 

M : T’es con !!! …Non y’a pas de danger. Je déteste être devant la caméra. Viscéralement. Je préfère être derrière déjà. Ou dans l’écriture de scénarios. Mais devant la caméra non c’est un métier de fou. Je respecte trop cette profession pour y toucher. J’ai failli animer une émission par contre. Mais ce n’est pas bon, je suis trop sanguin et je ne m’autocensure pas assez vite. Ça va finir en couille. J’aime le décalage de l’écriture. Le fait de pouvoir corriger. Et proposer quelque chose de pensé. Pas quelque chose d’improvisé. Le live, l’impro, le direct, ce n’est pas pour moi. Je vais me faire ficher et mettre en centre de rétention par Manu ou Ciotti. Oublie. Par contre l’écriture…ça me taraude. Il faut vraiment que j’essaye avant de mourir.

 

B : Est-ce qu’un jour on verra un projet en ton nom soit instrumental soit en collaboration avec plein d’artistes ?

 

M : En instrumental seulement non. Je considère qu’un instrumental de rap c’est un acapella. Ça ne vient pas de moi mais de KRS-One et j’ai toujours pensé ça. Un instru de rap en soit ça n’a pas de raison d’exister si ce n’est que pour être utilisé par un rappeur. Je sais que certains aiment les projets instrumentaux. Moi non. Un jour Laurent Bouneau m’a dit dans le couloir « Pourquoi tu ne sors pas un projet instrumental uniquement ??? ». Je lui ai répondu « Tu le passerais sur ta radio ? » Il m’a dit « Non ». Voilà le résumé !

Un texte peut exister sans musique. En plusieurs langues. Il peut voyager. Etre adapté. C’est la base de tout. Je fais de la musique pour complimenter quelqu’un qui rappe/chante dessus. Je ne fais pas de la musique pour m’isoler ni du monde ni des gens. Je ne veux pas d’une musique sans voix, sans message…aussi con qu’il soit. Sauf quand ça atteint des abysses.

Je réfléchis depuis quelques années à un projet avec des rappers que j’apprécie personnellement. Mais j’ai été freiné soit par la vie soit par le fait de trouver les financements pour l’autoproduire sachant que c’est un produit audio et vidéo. Pas seulement un album. Si tu veux savoir, le thème c’est la monnaie. Les Euros. L’argent. Je voulais l’appeler ¥€$ ! Ça doit tourner autour de l’argent sous toutes ses formes. Sans limite. Provocant. Avec l’idée sous-jacente que la source de tous les maux c’est l’argent. Un truc anti-commercial par définition. Plus le temps passe et plus je pense que je vais le crowdfunder. Ça créerait du sens quand on connaît le thème de base. Du coup je sortirai une version instru du projet oui. Pour les afficionados.

 

 

B : Et sinon sur quoi on peut t’attendre dans les prochains mois ?

 

M : Et bien écoute je vais faire un truc que je n’aime pas encore une fois. Ça porte l’œil d’en parler. Avant que les choses ne se fassent j’entends. Mais vu que tu me poses la question je dois me prêter au jeu. Alors je vais te dire dans le désordre…j’ai une tape de 17 titres qui s’appelle « SLAUSONIZM » avec Nipsey Hussle qui est sortie, je bosse avec Sofiane, avec Abii (la chanteuse UK que je coproduis), on bosse avec Zoxea sur son solo d’arrache-pied, avec DJ Goldfingers on a des singles qui arrivent qui vont faire pâlir DJ Snake, Shone, Hype, Sages Po’, Zekwe, des remixes en-veux-tu-en-voilà, et puis des surprises…

 

B : Merci Madizm et à bientôt pour de nouvelles aventures.

 

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